Dimanche 9 décembre 2018 à 4:30

La combinaison de mon cœur qui s'ébranle, et des absolus qui ne cessent de m'envahir. C'est beaucoup trop tôt, beaucoup trop tôt. Je jette les horizons d'une dernière flamme. Et dans les instants fermés, je voudrais que tu joues. C'est beaucoup trop fort, comme ce qui me consume. C'est beaucoup trop fort, que dis-je. Il y a cette immensité qui me parle et qui vient noyer ma colère. La colère du monde à soi que les branches attisent. Et puis, c'est un sursaut étendu qui m'embrasserait soudain.

Ce sont des peurs abyssales, c'est ce fleuve qui irrigue ma poitrine. Ce sont des vagues qui viennent frapper les barrières de mes poumons. Tu vois ?

J'entamerai l'élégie des espérances le jour où tu seras définitivement brulé.

Pourtant, il y a dans les jours qui viennent les racines de ce qui me pèse. Celui qui est entré n'entrevoit pas les échos de mes pas sur le plancher entendu, et les portes qui claquent dans bruit dans l'intimité du monde. J'aurais voulu te dire et que tu me répondes. J'ai l'espoir de t'atteindre.

***

Cette musique m’atteint toujours. Elle porte en elle des couches de souvenirs. C’est cette pureté du chagrin, peut-être, qui me fascine autant. Je me revois au bord du gouffre, mes pleurs qui viennent rouler, glisser dans ce précipice. Et j’ai peur. J’ai peur car le courant est si fort ; j’ai l’impression que je pourrais être noyée par mes propres larmes. Dans ce minuscule espace du XVIème arrondissement, j’ai l’impression qu’une digue qui vient de rompre. J’avais seulement voulu sonder ma tristesse, chercher de l’inspiration et les reflets de mon être. La marée était trop haute. J’aurais voulu courir plus vite, encore. Il fallait tout arrêter car je contemplais l’immensité du chagrin et je n’en voyais ni le début, ni la fin, je voyais juste mon corps secoué, les apparences de la mort, au long, la brassée des images et la morsure de la vie. J’ai vu à travers moi le flux qui se déchaîne, j’ai vu cette attirance en moi de me laisser finalement jeter à même le temps, déchirée, disparue.

Cette cadence entendue et les images qu’elles soulèvent viennent se loger dans ce que je crois vrai. C’est le souffle profond de ce qui s’anime. Des lumières élevées de la neige aux suffocations intenses de la tristesse qui me broie.

Mercredi 21 novembre 2018 à 19:14

Entourée par la mort et la peur qui me berce. Dans le chatoiement des couleurs d’automne, le fil intense des horizons inavoués s’enroule autour de mon cou.

Et, dans l’espace tendu des apparences, je me bats, je me bats, contre les miroirs contraires et le regard enlevé. Ce sont des soubresauts lyriques qui viennent se couler dans le rythme lent du jour. C’est une réinvention, un glissement de perspective et puis.

L’aube pressent dans mon corps et c’est une attente qui me presse ; l’intensité se formule par les interstices de mon émotion. Je retrouve les litanies intimes de ses cordes que l’on vient frapper, et l’appel de ce qui viendrait au cœur de l’être.

Tu vois, perdurent toujours l’odeur du chaos et les besoins insatiables de quelque chose qui soit vrai, d’une vue plongeante et embarquée.

Tu vois, c’est cette nécessité de rugir qui ne se tait jamais. Un battement qui se dit, se vit et qui vient éclater l’espace ; quelque chose qui crie des mots que l’on peut seulement sentir au cœur, révélés au hasard merveilleux et effrayant d’une rencontre à soi.

C’est comme si jaillissait soudain l’expression du temps. L’horizon ; l’horizon plongé dans un brouillard blanc, par-dessus la mer. Le retour d’un paysage familier, peut-être. Et cette respiration nouvelle mais retrouvée, qui vient questionner ce qui est, plus seulement ce qui doit-être, et peut-être murmurer, l’étincelle d’un désir.

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Lundi 24 septembre 2018 à 23:19

Je vais crier à pleine bouche devant la force de nous.

Laisse-moi.

Laisse-moi nous propulser contre les murs de l’intense ;

Et jouer à briser les miroirs.

Je sens les échos des eaux-vives qui nous lient,

Echouer avec fracas dans nos corps enroulés.

J’entends les murmures précipités de nos peaux.

Et comme un silence jeté au visage de l’horizon,

Il y a le sursaut de nos doutes qui rue,

Et c’est quelque chose au cœur de mon être qui vient,

Joue au bord du gouffre de nos espoirs 

Pour tournoyer encore dans une danse infinie.

Je te dirai jamais ce que je suis car le temps est trop rêche

Les mots étalés à l’envers m’enlèvent le souffle,

Alors je me jette encore,

Avec toi.

Et la certitude qui me lie éclate comme un feu d’artifice magique,

Emplit l’air des étincelles qui rendent les choses plus belles.

Tu vois ?

Ce sont les envolés de mon âme supportée

Par la permanence de ta peau.

Le glissement de ma voix dans le tremblement

De ta courbe.

Je te regarde alors que l’on tourne, dans un rythme si lisse.

Tes yeux


Musique.

Lundi 20 août 2018 à 17:40


Dans le glissement de l’été, mes pas résonnent sur le pavé du Sud. Je me colle contre toi, comme s’il n’y avait personne et je te porte dans ma gaîté. J’ai l’ivresse joyeuse et mon esprit ronronne. J’ai encore le goût du vin frais qui parcoure ma gorge et le pétillement sans parade de tes yeux bruns. Comme cette petite musique, dans l’éclatement de la ville, à parcourir ton passé, à effleurer aussi les endroits que tu n’approches plus - est-ce de la peur, mon amour ? Je suis contente que tu me parles car je sais mieux que toi ce qui déroule des ombres que l’on oublie. Je suis dans la rue calme au milieu d’un été sans nuage. Je suis là, entourée d’une vague d’affection et de confiance qui me parcoure l’échine et qui me parvient. Je la laisse me parvenir, dans ses éclats. Je recherche la liberté de te croire et l’ivresse de te connaître. Je recherche ta rencontre mille fois renouvelée. Je recherche cette douceur et cette gaîté-là. Ce sentiment-là, comme une vague profonde qui vient me surprendre lorsque tu t’occupes de moi, lorsque je sens l’angoisser marquer un recul devant notre ensemble. Je dessine les contours de cet apaisement comme on esquisse les alentours d’un nuage et je regarde dans ce demi-miroir les reflets de la lumière crue. Je respire de plus en plus clair.

Paris retrouve sa poigne incandescente et lucide. Je ressens dans ma poitrine les avancées brusques de cette eau qui dort. Lorsque j’étais mal à l’aise pourtant, il y a quelques jours, ce n’était pas ça, je retrouvais plutôt cette nuance de tristesse et de fatigue de la foule. Paris est la rencontre des eaux. Cette sensation en moi qui retrouve sa place, ou bien, se manifeste à nouveau, alors qu’elle est toujours lovée là, dans ma chair. Pourtant, je me sens chez moi, et le gris du ciel me rassure, car il raconte l’histoire des rentrées rangées, teintée de nostalgie, de rêves et d’odeurs de plastique neuf. Je me précipite et je range les vêtements. Je me loge comme on respire enfin, dans le canapé et je retrouve le rythme d’une routine qui, peut-être, me dilapide, mais me berce, me rassure, me console. Je suis chez nous. Au creux de l’équilibre, toujours fragile de notre amour. Ou plutôt, de notre avenir.

Je me réveille et je te sens, dans l’obscurité du jour à peine né. Les battements de mon cœur s’échardent encore aux assauts de mon esprit. Je ressens encore les images de la nuit rêvée et les liens cruels autour de mes poignets. La chambre, autour de moi, prend peu à peu forme, et le murmure de la vie revient. La nuit reprend à elle les histoires de peur, et je jette à moi la lueur du jour.

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Mardi 24 juillet 2018 à 14:38

J’ai le cerveau enfoui. Je suis prise d’une envie d’hurler, mais ce que je sens c’est ce poids, comme une enclume, sur ma poitrine. Je voudrais que tu sois là et que tu me consoles. Je voudrais que les choses soient simples et qu’il soit léger de se promener ensemble, même au bord du gouffre.

Je sens mes émotions qui traversent mon corps, comme des ruisseaux déchaînés. Je sens mon corps parcouru. Je sens comme un rythme fort et les assauts de l’angoisse. Je détache par lambeaux les épaisseurs de ma culpabilité, de mes peurs, de mon amour pour toi. Tu sais, moi aussi j’ai envie de sauter le pas. C’est justement par ce que je veux pouvoir penser au-delà d’un abstrait proche que j’ai besoin que tu fasses face à ces tabous qui me font peur. Je te sens proche, ta peau contre la mienne, mais mes paroles qui viennent parfois mesurer les barrières si étendues par lesquelles tu te protèges de ce dont tu as peur. J’ai peur des dunes qui lâchent, car je sais ce que ça fait. J’ai vécu la défense pénétrée et la panique qui monte. Je voudrais que tu regardes au-delà des tours pour me prendre plus volontairement la main.

Pourtant, je sais que rien ne laisse présager. La mer est douce. Calme ne serait pas un bon terme pour décrire ce que je ressens pour toi car au contraire, je vis l’intensité comme une forme de valeur. La mer est douce. Mais je peux voir comment se dessinent les morsures des vagues immenses que la rumeur réveille d’un coup. Alors je te dis « j’ai peur que cela vienne un jour nous briser ». J’ai peur car je vois les rivages s’éloigner encore et ma main plonger dans la tienne. J’ai peur car je te connais, je te sens, porté par l’élan de l’eau, penser au fond de toi que l’horizon toujours peut être absolument sans pénombre. Je ne parle pas des avaries conjoncturelles que tu as appris à encaisser, je parle des rougeoiements que la profondeur agite, de te parle de ces moments où ce sont les fondations qui grondent soudain. Et s’il faut le formuler comme ça, je te parle de me rassurer, je te parle de ce que j’ai besoin moi pour comprendre l’au-delà de l’instant.  

Je sens mes sens fatiguer et mon esprit céder contre la vague.

 

Je voudrais rentrer et me coller contre toi. 

 

Mercredi 11 juillet 2018 à 14:02

 

Le spirituel rattaché et qui s’impose comme une vague puissante. A l’intérieur des carcasses, se meut une force invisible, à flots de consciences, qui se réveille parfois au cœur d’une paradoxale sensation de sommeil éveillé. Il y a mon corps si flou et les soupçons de rêve dans ce flux que rien ne contrôle réellement. Une forme de méditation qui s’impose à soi, qu’il faut accompagner avec son corps, avec le rythme que les mains présagent, au fond des mots. C’est un enthousiasme soudain qui regarde avec les reflets du temps.

Mercredi 11 juillet 2018 à 12:13

Les premières gorgées sont marquées d’amertume, et la fraicheur puissance dans l’entrechoc des glaçons. Ce goût-là vient avec son lot d’images. Il y a cette rue de New York. Je suis avec Guillaume, et mon corps est flou, comme encore endormi. Je commande un café glacé, intriguée par ces énormes contenants transparents que l’on voit partout dans la ville. La taille moyenne, s’il vous plait. Le serveur sort quelque chose de tellement grand. Je me souviens de la fraicheur qui coule doucement dans ma gorge puis dans mon corps. Je me souviens de mon réveil progressif, au cours des rues. Je suis accrochée à mon café, dans une douceur hypnotique, comme dans un rêve. Il y a le quartier de Stonewall, et ses petits parcs. Guillaume marche à côté de moi et sa présence me paraît aussi irréelle que magique. Plusieurs fois, dans la suite du voyage, je me commande ce grand café glacé. C’est cette sensation-là, d’amertume, de fraicheur, de liberté et ce soupçon de confort qui naît d’une habitude naissante. New-York est lumineuse et m’accueille de ses grands bras chauds ; New-York qui se laisse parcourir, à grands coups d’enthousiasme. New-York se dessine, dans la présence effacée des glaçons, dans la certitude enfin née que je suis amoureuse.

Et puis c’était un hasard, ou bien un essai fructueux. J’ai commandé à nouveau un café glacé ce matin-là. Et le matin suivant. C’est l’été, et dans la fraicheur timide du jour, Paris est presque vide. Quelques touristes à travers les devantures qui s’ouvrent à peine, l’humidité des pavés que l’on nettoie, et cette sensation étrange de découvrir une ville dérobée et secrète. Cette équation inédite d’un quotidien inconnu tremble dans le vent à peine marqué de la rue de la Rivoli. Là encore, je suis presque en sommeil. Mais le rythme de la routine est ancré en moi. Je marche vers l’hôtel de ville et sa bibliothèque grinçante, en attendant l’ouverture de celle du Centre Pompidou. C’est là que j’ai retrouvé ce goût de café froid. Dans les délibérations internes, à peine futiles, du matin. J’évalue en silence le bruit, les sensations ; j’écoute avec attention, les variations de mon corps et de mon stress. Le café froid se marie si bien avec la saveur sucrée et la chaleur du roulé à la cannelle. Les matinées s’écoulent, dans les claquetis de mon clavier, et l’écriture ramassée de mes notes. J’ai froid parfois ou bien le bruit, de la musique, des autres, me dérange de temps en temps. Dans le Starbucks juste à côté de l’hôtel de ville, il y a des habitués. Au bout de plusieurs jours, certains me saluent, marquant mon intégration dans cette communauté silencieuse. Les glaçons fondent doucement et viennent polir l’amertume du café. Je suis à la fois parfaitement là et profondément ailleurs, tournée vers la fin du mois, et ses échéances, ou bien dans les plis de ma conscience. Parfaitement perdue dans l’instant. Cet instant qui a le goût de café froid et la couleur de mon corps qui s’éveille.

Les premières gorgées sont toujours surprenantes d’amertume, mais cette sensation m’apparaît paradoxalement douce. Elle porte en elle le chemin du goût qui se fond lentement dans l’eau glacée. Et les histoires rassurantes des villes qui s’éveillent, de mon esprit qui s’ouvre et de l’accueil entier des perceptions qui se mêlent. Je retrouve cette impression de mon corps à peine distinct de ma conscience, tous deux portés à la lisière du rêve.

Dans la musique sensible des souvenirs réveillés, il y a cet horizon qui danse dans le rythme alangui d’un espoir qui naît.  

Musique.

 

Jeudi 14 juin 2018 à 23:58

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Ces colonnes de corps qui avancent, les lignes qui se croisent, se touchent parfois mais continuent de glisser dans un rythme dissonant, à la limite de l’harmonie. Et se déversent ces armées de visages, portées à travers la ville. C’est étrange, pourtant, comment les traits ne se fondent pas, et viennent plutôt vibrer comme une infinité de flashs. Tout apparaît si fragile. Aucun de ces corps ne se coule dans cette atmosphère prétendument lisse. Prétendument lisse. Les pans de ciels se détachent doucement, dans le mouvement d’un pinceau flou. Je regarderai les tours qui ne s’effondrent jamais, toujours au bord du chaos.

Le murmure impensé des humanités distraites, qui n’arrivent pas à s’oublier dans le flux. Les aspérités m’aspirent et mon esprit s’accélère en murmures silencieux. Il y a de la musique dans ces nuances de pas, qui griment, sans malveillance, le gris des pavés. Cette sensation que tout est à la frontière du réel, manifestement. Et il s’agirait que le sursaut devienne d’un coup plus fort. A ce jour, qu’une assemblée, touchante, d’errances terres à terres, qui peinent à se tenir.

Presse dans l’altitude de la ville le temps perdu et secoué, étiré à la langueur de cette absolue confiance. Je m’apaise en concentrations retrouvées et en variantes de signes. Les carrés construits à bouts de mots, enlevés de phrases qui s'embriquent et se cherchent le long des caractères. La typographie calme des rapports comme le soin d’une plaie innomée. Et j’articule avec lenteur dans une langue que je trouve, dont il faut épeler le rythme et recomposer le rythme. Mon esprit aux tâches, et mon corps retrouvé dans un mélange de bulles et de thé chaud. L’ennui désapprend parfois le calme qui nait des pages à remplir, la volonté persistante de la rigueur au galop. Comme une musique familière.

Il y a des chœurs silencieux dans ces couloirs, au portes des ascenseurs.

Les rues sillonnantes et les labyrinthes, tout réveille ces espaces de théâtre. C’est comme une peinture invisible qui viendrait défigurer des écrans de cinéma. C’est un jeu d’enfant.


Musique

Jeudi 31 mai 2018 à 1:58

Et tu palpites encore quand ton corps joue la course. Les pulsations basses collées à l'intérieur de toi. Mais était ce bien ton idée? Il y a ton cerveau qui roule et les assauts des miroirs interieurs. La mélodie atone du concert de soi.

J'ai les dents qui s'entrechoquent, j'ai la mâchoire presque serrée et les sursauts qui la lient en pointillé. Ma tête vibre dans une monotonie presque douloureuse.

Tu cherches les regards encore et tu voudrais qu'elle te voit. Tu voudrais qu'elle sente cette énergie solaire que tu as mis du temps à polir.

Elle doit me chercher mais je suis restée immobile. J'ai envie de rester là dans une statue.


Dimanche 6 mai 2018 à 11:50

J'ai dit trop tôt ce qui ne venait pas. Dans un trouble, ou plutôt, un regard. Le ciel se peint de bleu et de paillettes claires. C'est un matin doux, comme je les retrouve. Tes yeux contre mon front, je vois ton sourire, à travers les sursauts du sommeil. Comment les danses pâles des instants s'initient ? Il y a ta bouche sur ma peau et le ronronnement de mon corps; les chatouilles joyeuses de mes sens qui te voient. Le réel est si pur quand il n'est pas encore tout à fait là. Les gouttes de conscience qui remontent peu à peu, comme une comptine muette aux accents enfantins.

Ma main pour redécouvrir ton visage, sans que le doute vienne sur ce que tu es. Ma main qui parcoure tes joues pour venir s'y lover. Et puis je t'aime.

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Lundi 5 février 2018 à 3:03

Je tiens dans mes mains une étendue de sable froid,

Qui coule doucement.

L’eau de mes sens à peine retenue dans cette litanie

Silencieuse.

 

J’ouvre les paumes comme une étoile filante et je crie

Des paroles que je ne comprends pas.

Le sable est doux et triste dans sa fuite sombre.

C’est comme du vent que l’on embrasse.

C’est comme du vent.

 

Je suis nue et rêche dans un espace blanc,

Attachée au temps qui se révèle d’un coup.

La marée monte au-dessous de mes jambes.

Je ne saurais jamais s’il fallait se noyer.

 

La lumière, la lumière !

J’entends cette comptine qui murmure

Éclairée, éclairée !

Comme une mer immense.



Musique

 

Mercredi 31 janvier 2018 à 17:40

Peut-être que c’est cela, l’image de fin. Mes yeux humides et ma respiration saccadée dans la bibliothèque. A cette place-là, où je venais souvent, près de la fenêtre. Encore une liste où je ne suis pas. Je suis démesurément seule et c’est une forme de douleur que je sens en moi comme une pulsation. Autour, tout tourne comme à l’accoutumée et tout me heurte. Je voudrais respirer plus clairement.

Je rêve que je me noie. Dans une demi conscience, je pense que je vais mourir car je ne me réveillerai pas à temps. Puis, il me sort de mon sommeil. «Ca va ? ». Quelques jours plus tard, je suis coincée dans la boue. Je rêve à des figures qui ne sont plus là. J’ai l’inconscient qui panique et le miroir en vertige.

Je me renferme dans ces états d’apathie que la douleur effleure. Je n’ai pas le courage ni la force d’être triste. Je sens mon esprit comme des couteaux. Je me blesse à la moindre pensée, le cynisme dégainé, comme triomphant. Alors, je deviens une ombre. Je me sens durcir, presque physiquement. Je touche à mes émotions avec prudence et je m’enfonce dans une forme d’ennui désabusé.

Je sens, au loin, l’angoisse des nouvelles questions, la tristesse et puis, et puis, moi, très loin. Mais je reste sur mes jambes, le temps file et je ne le vois pas. Je réfléchis froidement à mes états d’âme. Je suis à fleur de peau et je soupire beaucoup.

L'amer où je me noie.


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Vendredi 19 janvier 2018 à 16:47

Il faudra ce souvenir, de cette victoire-là. J'actualisais twitter fébrilement depuis des heures déjà quand la rumeur devenait plus nette "ils ont appelé les partisans du projet, le Premier ministre va annoncer l'abandon du projet".

C'est difficile de réaliser quand cela fait depuis des années que l'on se bat, des générations mêmes, encore plus dans ces temps où les victoires politiques se font rares. J'étais si heureuse. Si heureuse.

J'ai acheté le journal du jour en plusieurs fois et j'aurais eu envie d'aller dans la rue pour en parler à toutes et tous. Je me suis contentée de suivre les festivités de loin - comme j'aurais aimé être présente - et de noyer mes ami.e.s de message.

C'était bien. On a gagné.

Dimanche 7 janvier 2018 à 21:31

J’aime et je déteste ces questions de fin d'années, celles où l’on se demande ce que l’on a fait, ce qui a abouti, à l’heure des bilans et des résolutions. On fait la liste des voyages, des réussites, des réalisations concrètes. Et je sens mon esprit qui peine à prendre prise, qui visualise plutôt des formes vagues, des impressions et des flous. Le sentiment doux de quelque chose qui respire, enfin. Sur le papier, mon année ne brille pas. J’ai préparé des concours, j’ai beaucoup étudié, j’ai travaillé en plus, quelques mois. J’ai traversé des phases d’apathie qui m’ont pas mal stressé. Pour l’instant, rien n’a about, rien de concret.

Pourtant, j’ai le sentiment d’avoir passé une bonne année. En dehors du fait que le fait d’être encore dépendante financièrement me fait culpabiliser, j’ai l’impression que j’ai continué à consolider un équilibre. Finalement, je me suis prise au jeu des concours et je suis allée chercher des forces en moi que je ne pensais ne jamais pouvoir trouver. Pour la première fois de ma vie j’ai réussi à m’astreindre, sur des temps certes limités mais supérieurs à quelques jours, à un travail régulier, sur des choses sur je n’ai jamais réussi à faire (de l’apprentissage par cœur). J’ai appris à continuer à avoir une approche plus dépassionnée de tout cela, à mieux gérer mon anxiété, à même trouver quelque chose de grisant dans l’adrénaline et dans l’effort.

Une partie de moi a toujours eu l’impression que j’étais incapable d’effort et de volonté, par ce que je me représentais l’effort d’une seule et même manière et que j’ai toujours travaillé différemment. Même si je sais que cette vision est faussée, cela m’a rassuré sur moi-même de voir que je pouvais me détacher, ou plutôt, adapter mes cadres de fonctionnement lorsque cela était nécessaire. Ce n’était pas forcément facile (mais préparer un concours, ce n’est pas facile de toutes façons), mais je pense que c’était gratifiant. D’une certaine manière, et c’est sûrement dérisoire, peut-être même ridicule, je suis contente de voir que j’ai réussi à m’astreindre à bachoter. J’ai fait tant d’années d’études, et cela ne me servira sûrement plus jamais, mais j’ai réussi. Avec ma méthode, mes petits logiciels, mais j’ai réussi. C’est complémentaire avec le reste, et cela m’a permis de ne pas avoir l’impression de partir perdante. Et puis, même si je n’ai pas été admissible à l’ENA, cela ne s’est joué qu’à un point. Pour beaucoup, ça serait très (trop) frustrant mais j’ai été soulagée de voir le résultat de mes efforts, même si cela n’a pas suffi.

Mes études me prennent et m’ont pris beaucoup d’énergie, de temps. J’ai l’impression aujourd’hui d’être une athlète, en fait. Je m’entraîne régulièrement, je passe des épreuves et des concours, j’attends mon score en levant les yeux vers un écran noir, et je continue. Je suis fatiguée, j’en ai marre, mais je me dis « encore une, allez ». Les muscles à chaque fois un peu plus fatigués mais gainés par l’expérience. Sujet – plan – rédaction. Je me concentre intensément, je donne ce que je peux donner avec l’énergie du moment, j’espère que le brin de chance sera avec moi, et je continue. Et si rien n’aboutit de cette manière, il faudra redérouler l’autre fil, celui des lettres de motivation et des entretiens.

Cette année, j’ai appris à être plus solide vis-à-vis de tout cela. Je m’implique moins émotionnellement. J’accepte plus mes émotions, j’apprends à envisager et accepter l’échec, à apprivoiser le stress, à me concentrer à répétition. A force d’échéances, d’épreuves écrites, je suis entraînée.

Les moments de rage viennent quand la fatigue se fait trop grande et que mon cerveau, mon corps ne répondent plus, que je tombe dans ces périodes où je n’arrive pas à travailler, que je voudrais frapper mon esprit comme on frapperait des jambes trop épuisées pour continuer à courir. Dans ces moments là, j’ai l’impression d’être assaillie de toutes parts par la fatigue. Et cela irait si j’étais sûre de pouvoir repartir, mais j’ai toujours ce doute, de ne réussir à m’y remettre que « trop tard ». Ces moments de rage où l’on voudrait repartir mais que l’on est épuisé. J’avais l’impression d’être si faible et si impuissante. Mais j’y suis retournée, pour un dernier tour. Maintenant on croise les doigts.

J’ai pris des vraies vacances, un peu longue, pour la première fois depuis longtemps et cela me fait du bien. J’ai bougé à Marseille, Nantes et Lyon. J’ai arrêté de penser à tout cela.

Finalement, sur le papier, mon année a été énormément contrainte par mes études. C’est sûrement la première fois que je fais l’expérience de cet état où l’anxiété est diffuse car il faudrait travailler tout le temps. J’ai toujours fait des études comme cela, mais c’est la première année où cela m’atteint. Du coup, il n’y a jamais vraiment de pauses. Donc comme ça, 2017, elle apparaît sûrement grise, et bornée.

Mais moi elle m’a permis de mettre à l’épreuve mon équilibre et de voir qu’il est tellement plus solide. J’ai appris à être plus bienveillante avec moi-même, à mieux gérer mon stress et mon travail. J’ai même appris, timidement, le dernier mois de l’année, à formuler des demandes de soutien à mes ami.e.s, à exprimer des besoins que je ressentais.

Sur le papier, mon année 2017 n’entre pas dans les cases, car j’ai appris sur moi et j’ai l’impression de récolter ce que j’ai planté il y a longtemps. Et surtout, ce qui me nourrit profondément, ce sont les personnes qui m’entourent. Tout réside dans cet amour, toujours plus grand, sans cesse (ré)conforté que je porte à mon amoureux, à ma famille, à mes ami.e.s. Je suis tellement reconnaissante de cela, j’apprends à l’accepter, à cesser de craindre que tout puisse s’écrouler d’un coup, à voir les fantômes de la dépression qui s’éloignent. S’il fallait faire des listes et effacer les nuances, j’inscrirai peut être les deux week-end que j’ai fait à l’étranger, mais surtout, surtout, ça serait ma relation avec G., ma famille, mes amies, et les nouvelles rencontres.

2018 est dans la continuité de mes dernières années, avec beaucoup de points de suspensions et d'attente, avec une vision de ma vie à quelques mois, tout au plus. J'aimerais continuer à récolter des choses positives, à raffermir mon équilibre. J'aimerais aussi continuer à écrire.

Jeudi 7 décembre 2017 à 13:15

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Le vent se lève, regarde-moi ! Le temps presse, le sable nous pénètre déjà la peau. La tension du souffle lointain se fait de plus en plus pressante. Regarde-moi, s’il te plait. Il est sûrement trop tard pour régler les derniers détails, mais attache moi plus fort. Cette immensité de pierre qui nous protège sera bientôt brisée, de l’intérieur. Prépare tes sens, respire encore mais surtout regarde-moi. Regarde mon corps ployé et mon esprit qui hurle. Je veux que tu sois là quand je serai face aux assauts de cette puissance insensée. Je veux que tu me regardes. Je sais que je tremble déjà, c’est normal non ? Je fais des signes avec mes pieds, je trace dans le sable des invocations absurdes et je murmure des encouragements, au-delà des routes, à celles et ceux qui m’entourent. On se sourit, au loin. Je ne leur ai pas tous dit ; ils ne se représentent pas, cette folie.

Je tiens encore sur mes jambes. Je ne vois pas vraiment la silhouette, à quelques mètres, de celle qui tombe, mais j'avais senti ses mains tremblantes, au détour. Elle s'en est allée, à l'abri.

Je sens mon sang qui palpite et mes vêtements qui claquent sur mon corps. Je sens les rafales qui creusent de plus en plus profond. Aucun son ne sortait plus de ma bouche, mais je t’ai hurlé : « REGARDE-MOI ! ». Je ne sais pas ce qu’ils y ont vu, moi j’y ai déroulé ma rage et ma fatigue. Je te sentais tout près, au travers du sable. Je te sentais à travers la mer et tes souvenirs, comme une présence vague, une lumière pure mais vacillante. Les échos parfois lointains de ta voix qui se cogne à ces montagnes de sables déferlantes. Tu n’as pas intérêt à t’éteindre. Tu n’as pas intérêt. Je vais prendre soin de nous, laisse-moi sortir de ce bourbier mais ne t’avise pas de détourner les yeux. Tu me dis « je suis fou ». Je te souris si fort que tu me vois. Il y a quelque chose de mon esprit qui vient se lover au creux du tien. Regarde-moi !

J’entends le cliquetis des cordes dans les anneaux, je les sens prêtes à rompre. Et mon corps balancé dans les secousses. J’ai parfois l’impression que je pourrai perdre connaissance. Mon visage est tout entier parcouru de filets de sables, comme des des petits ruisseaux rapides, qui courent sur mes yeux et mes joues. Bientôt, je ne pourrai plus que fermer la bouche, et il ne subsistera que les bruits extérieurs. Je sens pourtant une chaleur dans mon ventre. L’excitation. Je voudrais pouvoir crier encore, comme sur un champ de bataille imaginaire.

REGARDE-MOI ! Toi aussi, là-bas ! Où que tu sois ! Je suis précise, je te parle à toi. Au travers la terre pourrie et décomposée. Regarde-moi, ne me quitte pas encore. Je sais que je serai seule, je sais que je suis seule, mais regarde-moi. Tu ne peux plus disparaître plus, derrière ces monceaux de vagues nues. Je ne t’entendrai pas, de toutes façons. Mais regarde-moi - sans un signe je le sais - mais regarde-moi, toi aussi. 

J’ai peur. Je sens mes jambes, déjà fatiguées, sous moi. Tout est tellement lourd : mes bras, mes épaules, et surtout ma tête. Ma tête qui bouillonne et qui ne se calme pas. J’ai l’impression qu’elle n’est qu’un muscle fou, parfois. J’ai le sentiment que je vais me décomposer d’un coup, éclater dans le vent et me disperser sans bruit, au milieu du cri des cordes qui fouettent le métal.

Dans l’immensité qui n’a pas de forme, je me raconte des histoires, pour me sentir encore bouger et ignorer la vague noire de la peur qui me mange le ventre et grignote de doutes l’étendue de mes pensées. Je voudrais que tout tombe maintenant, même si je ne suis pas prête. Je revois des yeux durs, sur moi, estimer en demi-mots, que ce n’est pas la peine. Ce sont peut-être les miens.

La fatigue je la sens et parfois je la désire, comme une échappatoire. Sentir mes jambes crouler, une fois pour toute, une bonne raison de flancher. Tu vois, j’ai peur. Je me dessine, au-delà du sable, la vague de panique, qui prendra possession de moi, à l’aube du tumulte.

L’horizon est maintenant presque entièrement couvert et je joue encore avec mes doigts, pour faire durer cette parenthèse plus longtemps. Je baisse les yeux et je murmure à ceux encore tout prêts, et que me tiennent la main. Il y a ce petit groupe que je ne connaissais pas il y a quelque mois et je prends soin de certains d'entre eux, comme je peux.

Ca se rapproche encore,

Ca se rapproche toujours,

Je ne voudrais plus cesser,

Et m’endormir au creux de cette réserve de sens,

Entre deux espaces blancs de ma mémoire

Caressée par la sensation du tout possible,

Et encore à l’abri,

De ce qui s’abat toujours plus fort.

Pourtant, il faudra défier de mes yeux fermés ce qui ne dit pas son nom. Dans une danse compliquée, les pas sont pourtant au-delà du temps. Il y a une voix qui me dit, doucement "comme cela, voilà". Dans ma colonne vertébrale, je ressens cette douleur et cette volonté qui crient, coup sur coup, s'opposent et se meuvent.

Je m'élance, toujours attachée, au-devant.

Et tout va commencer.




Musique. 

Jeudi 9 novembre 2017 à 11:31

 

J’ai volé la nuit.

Chaque heure disparue, et lentement avalée,

Dans une multitude d’endroits.  

 

J’ai retracé les contours

Et les pages jamais froissées

Dans le sable encore chaud.

 

Et au cœur de mon éveil,

J’ai construit,

Une maison de couvertures et

D’imageries fragiles,

Comme on voudrait rêver.

 

Et alors que les assauts de mon corps,

Sont encore flous,

Je me bats à petits poing

Contre l’arrogance de ce jour

 

Qui ne sait rien.

Jeudi 9 novembre 2017 à 10:55

Le matin s’est révélé d’un coup,

Comme l’odeur de ta paume sur mon front.

Le matin était si clair, soudain,

Bordé du rose des souffles froids

Et j’ai trouvé le moyen de me jeter à la ville.

C’était l’hiver.

Dimanche 5 novembre 2017 à 0:01

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Je regarde l’enfance

Des déceptions, et des marées,

Je regarde l’enfance,

Des oubliés, des disparus.

Je regarde l’enfance,

De ce ceux qui ne sont jamais nés.

 

Et dans cet espace, qui regarde vers le cœur,

Il y l’épaisseur du temps,

Et des poussières abandonnées,

Les linges bigarrés, et les entrevues suspendues,

Quelque chose d’intimement rangé,

Et de profondément clair.

   

J’aurais chanté ce refrain sans même

Bouger la bouche d’un souffle,

Avec la légèreté des vagues,

Et la mélancolie de l’aube.

 

Et puis, rouler le long des tempes,

Les caresses du jour,

Les informulés,

La chanson tranquille

De l’heure qui avance.

Vendredi 20 octobre 2017 à 4:26


A marcher comme cela, elle en avalerait les passants, dans ses pas rapides, un espace infini où tomber. Elle se faufile pour mieux naître à la nuit qui dort et aux inspirations du soir. Le trottoir est une piste de danse silencieuse, où les couples ne sont pas encore nés, où la musique murmure à peine. L’asphalte est une promesse à chaque pas renouvelée. Pourtant, il lui avait fallu tellement de force pour apparaître au-dehors, tellement de batailles contre soi. Mais elle était là, dans cette rue, protégée par l’immensité de la ville, autour. L’ombre des immeubles défile et se joue des reflets. Dans une euphorie amère, elle voudrait crier encore, pleurer peut-être et chanter un peu.

Tell me what all this is about. In the rumours of ancient pains, the deep feeling of you. Are you the one who could protect me from my-self, and the sound of the broken vase. Everything, anything and the cold of the night. Anyway, I still believe in you, with all my energy and my soul. Anyway, anyway.

Dans un souffle plus profond, j’aurais aimé émerger des vagues et des embruns, dans une nouvelle valse au soleil et à l’espoir, dans un faisceau de lune. Je dis : « puisse la nuit m’envelopper encore ». Je dis et je t’appelle dans le creux de mes yeux secs, à peine ouvert. Je parle à un livre et à un son en murmurant une prose cathartique et presque belle, en faisant rouler ma voix du haut de mes ivresses solitaires. J’attends le réveil du gouffre, ou l’impression de basculer. J’attends que l’espoir soit haut et que je puisse tourner encore.

Et puis les mouvements de tes yeux bruns dans cet instant qui est là, quand la lune récite silencieusement des fragments de poème. Il fait si beau quand le vent souffle à faire trembler l’extérieur.

Tu vois comme les choses sont belles quand on les invente ensemble. Tu vois comme je peux écrire à nouveau. Tu vois comme je peux tracer à la force mon intérieur l’essence de ma bouche en quelques battements. Tu vois ce qui m’échappe à travers les lignes, dans ce bruissement rauque. Tu vois que je voudrais toujours vivre ainsi, dans l’état du corps et la distillation de l’esprit. J’ai la tête qui frappe et j’enfuis les pensées qui s’y glissent. Il suffit de grignoter la douleur, tout autant qu’elle nous grignote, et qu’elle fuse, et qu’elle s’insinue. Comme une étrangeté à soi, un peu plus tangible. Pas plus bizarre que tous les ruisseaux qui me font.

Comme un faisceau qui se meut dans une étrange obscurité douce, je m’invente un fil, silence. Je déroule les attentions qui nous viennent et les pelures d’aurores comme autant de pétales. Je roule sur une route à tracer les partitions de notre aisance, et de tout ce que nous ne savons pas. Il faudrait faire vibrer encore les paumes de tes mains et la carence sincère des souvenirs en dentelles.

 

*

 

Elle était dans un café clos, dans l’arrondissement numéro 18, à regarder ailleurs pour ne pas voir ce couple étrange. La différence d’âge et l’avidité sensuelle de cet homme trop empressé qui s'entrechoque avec la lenteur candide de la jeune femme qui détache chacun de ses mots. L’alcool, plus tard, lui brule la gorge, et c’est réconfortant, de se rappeler à son corps, parfois. Les mots marquent l’arrêt, parfois; mais la soirée apporte son flux. Et elle parle avec un détachement de circonstance alors que ce sont des pans de fatigue qui se pressent, qui charrient une anxiété sourde et des jalons de bonheur, ou du moins d’espoir. Elle pourrait faire le jeu, mais elle tente la ligne, l’extrémité du terrain, pour voir comment rebondissent les non-dits et les pensées mal formulées, les instances de suspens et les bouteilles à la mer.

J’aurais aimé combler une nouvelle fois le tableau des représentations. Je me retrouve à lutter avec une fatigue. J’ai le corps las, de plus en plus lourd, et mon seul muscle demande du repos. Mais j’attrape chaque syllabe, alors que les assauts du sommeil se font plus lourd. J’aurais aimé combler à l’infini des pages sincères des bribes abattues et des fractures sensibles. Je voudrais continuer de porter à l’automatisme des sensations oubliées, lorsque la phrase est à l’horizon, au fond, au seuil de l’océan.

J’aurais aimé voir le jour poindre, et croître, dans le mystère de l’aube.

 *

J’ai mes propres refrains, comme des litanies

*

Musique
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Jeudi 12 octobre 2017 à 2:49

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Il y a ce sentiment que mon esprit n’arrive pas à attraper. J’aime quand la fatigue frappe doucement, seulement doucement à l’orée de ma tête. J’aime que la musique se glisse dans les figures et coule, coule, coule. J’ai l’esprit fatigué qui ne cesse de bourdonner, de fuir et de se réveiller toujours. Je ne sais quoi faire de cette douleur qui me picote l’échine, et retrouver l’errance. Alors, le refuge de la nuit, pour se murmurer une quiétude absolue.

Je n’ai pas pleuré car je ne vais y voir que forcée, comme toujours. Je me relève et j’encaisse avec l’impression dramatique que tout cela n’est sans fin. Je suis partagée. Partagée entre l’impression que cette hébétude est de trop, trop longue et ridicule et le sentiment qu’il serait légitime, quand même, de prendre le temps, qu’il est normal de se sentir sonnée et peut-être même, triste.

Il faudrait avoir le courage de remonter le cours de mes pensées et de jeter tant de déchets à la mer. Ou peut-être, encore, continuer un peu ce chemin-là. Encore un peu.

Ca a été dur, quand même.

Et j’aimerais m’adresser,

Pour faire éclore les voix qui me rongent, me hurlent et me sourient.

Faudrait-il écrire pour tout poser, et parfois même entendre ?

Noter les sentiments disparates, et dessiner une nouvelle fois avec des mots. Prendre le temps de l’esquisse. Prendre le temps, un jour. Je n’arrive plus à me couler dans autre chose que ces objectifs colossaux, peut-être. Il est quelque chose qui me définit et que je tiens à bout de bras, comme beaucoup de choses. Partagée (encore) entre la volonté de mieux faire et celle d’envoyer valser ces injonctions à la performance qui vient ronger chaque parcelle de notre vie.

J’aime quand même ces bribes que je tisse. Un peu à la vas-vite, soutenue et dans le corps de la nuit.



Musique

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