Vendredi 4 janvier 2019 à 10:52

https://i.pinimg.com/564x/7f/81/45/7f814579f9e88b558a4f18f2d0683e3b.jpg
Je relisais d'anciens articles. Je le fais régulièrement, c'est là que je découvre véritablement mes textes, que je peux même parfois apprendre à les aimer, et que je me reconnecte à la personne que j'ai été. Voir et sentir à la fois la distance et la puissance émotionnelle.

Je relisais d'anciens articles et j'ai eu le sentiment d'une lente guérison. Cette fin d'année, en retrouvant un rythme de travail réglé (je ne suis plus étudiante), j'ai mesuré, a posteriori, l'état de fatigue physique et émotionnel dans lequel je me trouvais. C'est aussi que, depuis cette dernière année de prépa, où j'étais allée creuser très profond dans mes réserves, où j'avais été, une nouvelle fois je crois, en dépression, j'avais eu l'impression de remonter peu à peu. C'était toujours mieux que l'année d'avant, j’étais moins oppressée, globalement moins abattue. Pourtant, à reprendre un cours de vie plus calme, libérée des concours et des objectifs que l'on se met à soi, libérée des emplois du temps libres et ainsi toujours contraints, je me rends compte de ce qui pesait encore sur moi. Je me rends compte que oui, c’était mieux, mais c’était encore beaucoup.

J’avais conscience d’être fatiguée, profondément fatiguée. Et d’avoir du mal à sortir de cet état. Mon sommeil s’est peu à peu amélioré mais demeurait encore troublé et peu réparateur. Je dors sans dormir, et les rêves-cauchemars qui m’assaillent. Là, je fatigue toujours relativement vite, surtout psychiquement, mais je ne me sens écrasée par cette forme de sommeil dès que je me lève. Je me sens toujours dans un équilibre précaire, j’ai toujours des angoisses, mais sur le fond, ça va mieux. Je ne suis plus contrainte par ces échéances et ces montagnes de concours.

Mon nouveau boulot se passe beaucoup mieux que je m’étais laissée aller à l’espérer. La stabilité financière qu’il m’apporte m’a également beaucoup aidé à aller mieux. Je ne dépense pas beaucoup plus, finalement, mais je suis enfin indépendante et, par-là, beaucoup apaisée. J’ai mon argent, j’ai même des économies. Je ne suis pas constamment en culpabilité, en peur de trop dépenser ou de faire les mauvais choix. C’est tellement de fatigue mentale en moins, tellement de choses qui se calment car je sais qu’en cas de pépin, je pourrai gérer.

Je suis globalement plus apaisée et c’est très agréable. Se réveillent en moi des émotions et des questions parfois plus enfouies, relativement à des questions métaphysiques ou, plus positivement peut-être, des envies de créer. Je consacre également une partie de l’énergie que j’ai à nouveau pour entamer une thérapie profonde avec une psy.

2018 ce sont des fins, une période de transition, un nouveau départ et les premiers émois d’une nouvelle routine. 2018 ce sont les rideaux voilés et blanc d’un passage ; c’est aussi la lumière au creux de la porte. J’ai parfois l’impression de retrouver des parties de moi que je n’avais pas rencontré depuis longtemps, j’ai parfois l’impression d’avoir passé un versant sans m’en rendre compte, car mon regard était ailleurs.

Et puis, il y a cette relation-là, cet amour. Dans ces moments où je dis moins que je ne raconte, je ne voudrais pas abîmer et dire mal. C’est toujours dur à saisir et à exprimer, surtout en société d’ailleurs. Les paradoxes d’une relation travaillée, patiemment construite mais qui garde en moi l’impression de quelque chose de miraculeux. C’est si profond, si apaisant et si évident. J’ai de plus en plus confiance en lui, en nous, et peut-être en moi, et je me sens heureuse. Je suis amoureuse et je suis aimée. C’est parfois juste difficilement croyable et j’ai l’impression d’une assise immense, et d’une force profonde.

2019, alors. Cela sera se rencontrer à soi, encore. User de l’énergie libérée pour aller voir de vieux démons, pour apprendre. Je sens que renaît, plus fort, en moi, l’envie de créer. Je voudrais apprendre ou mieux apprendre à savoir ce que je veux, à écouter ce que sont mes envies et me donner le droit d’y répondre. J’ai aussi commencé à écrire ce dont je rêve la nuit, tant que possible. Je me sens plus solide sur mes appuis car, tout simplement, je ne me sens plus totalement épuisée. Je vais plus voyager, aussi.

Jeudi 3 janvier 2019 à 15:04

Ce que je sens, dans mon inaction fasse à ces assauts d’angoisse, c’est presque le sentiment d’un attachement. Je ne souhaite pas que l’on me donne des moyens de m’en débarrasser. Ou plutôt, je voudrais que cela soit immédiat. Ce que je rejette, d’une certaine manière, c’est ce processus, de faire face, de l’effort de faire, c’est l’impression d’une montagne et d’une vanité. L’angoisse me prend ici dans d’immenses pattes d’araignées noires, comme ces crochets dans le jeu vidéo. Son emprise qui naît de rien, c’est toujours douloureux et vexatoire de le reconnaître, mais apparaît d’un coup, comme des griffes qui se referment. Sur moi. Et viennent lentement me pénétrer la poitrine et le cœur. Je sens leur point d’ancrage sous mes seins, et sous ma peau, et la douleur qui vrombit doucement et vient appuyer contre ma respiration. Je sens la musique qui coule le long de mes oreilles, de mon cou, vient se lover dans ma tête pour tenter de balancer ailleurs. Je sens mon esprit qui s’y raccroche, comme il se lance à la poursuite du rythme de mes doigts sur le clavier. A l’intérieur de moi, les assauts intérieurs de cette emprise, les ondulations de la musique, le vrombissement de mon esprit qui se démène pour démêler, les jugements qui courent et viennent se heurter aux murs de ma conscience, pour parfois le traverser.

C’est une crise. C’est à la fois terriblement silencieux et bruyant. Une cacophonie qui voudrait se faire entendre au cœur de ma poitrine et la sensation, désabusée, inutile mais persistance que tout cela est vain, sans sens, sans nécessité. Je trouvais fermer cette partie de mon corps comme on fermerait les yeux. Que cela se finisse. Ce n’est pas si grave, ce n’est même pas si douloureux, c’est gênant, et handicapant. De grosses épines que l’on ne voudrait pas avoir à enlever. En serrant les poings, en demandant bien fort, peut-être qu’elles pourraient s’enlever toutes seules ? Il faudrait accepter de se confronter à même la chair, y accrocher les mains, se tourner vers soi et ce qui respire. Je ne veux pas.

C’est une crise et c’est à la fois intense et impalpable. C’est une crise et pourtant, c’est presque rien. Je suis assise sur ma chaise, mon corps fonctionne, mon esprit aussi, ma respiration est légèrement pénible, mais rien qui pourrait faire basculer dans une forme de panique. C’est un caillou dans le pied. Je me souviens, je relativise. J’ai pu me brasser sur l’être des entièretés de roches, j’ai pu me sentir effondrée sous tant de pierres. J’en vois d'ailleurs, autour de moi. Alors, comment, ce caillou ? Comment ces branches qui m’enserrent sans m’étouffer ? Comment ce sentiment d’impuissance se nourrit-il ? Comment suis-je prostrée dans ce temps suspendu ? Je me sens incapable de me confronter vraiment à cette angoisse glissante, je ne le veux pas, je l’ai dit plus haut, je ne sais pas si vraiment je le puis. Et pourtant, incapable aussi de me resituer dans le flux de la vie sans crocs, du travail et du temps normé. Incapable, comme interdite. Le fleuve qui s’écoule au-dehors de moi. Et cela nourrit l'angoisse car je me vois voir ce qui ne peut se faire, la perspective d’un retard. Je vois se déformer, légèrement, ce qui ajouter au trouble, ma vision sur la situation présente. Je me sens moins capable de faire, je vois d’un œil plus dur ce que j’ai déjà produit. Je me souviens du déclencheur, minable.

Le déclencheur, cela a été une conversation téléphonique. Ma cheffe m’appelle, me présente un problème. Je dois contacter Monsieur D, prendre le poul du problème et organiser un appel avec l’équipe technique. Rien de compliqué. Je vois comment faire, je m’exécute. J’appelle Monsieur D. Puis, je trébuche. A la fin, je ne dis pas « ça vous va ? » mais « ça vous dit ? » que je corrige d’un « ça vous va », tout de suite après. Il sourit en me répondant, cela s’entend. D’un coup, l'angoisse qui rugit, articulée au jugement de moi promptement activé, visible. Je raccroche et traite la situation. Extérieurement, tout va bien. Et moi je sens la honte à voir les griffes se refermer ainsi pour une broutille. Oui. Une broutille. Les écrans qui m’assaillent comme le miroir sans tain de mon propre regard.

J’ai rattrapé la barque. J’essaie de respirer par le clavier, comme si j’avais peur, vraiment, de mettre les mains dans mes poumons. J’essaie de faire ce que je sais faire car j’ai peur. J’essaie, peut-être, pas vraiment, je ne sais pas. J’essaie, car je ne sais.

J’ai les mâchoires serrées et la fatigue qui monte. 

Dimanche 30 décembre 2018 à 2:59

https://i.pinimg.com/564x/26/a6/c7/26a6c79eebb01d58f2eb3caf77073140.jpg
Je capture le temps, dans le silence de la nuit ; ses fumées blanches et roses aux allures de fleurs, et la nostalgie éparse dans les refrains des couloirs.

Dans cette chambre-là, j’ai beaucoup vécu. Les objets, les couleurs et les murs. Tout est habité. Je pourrais revoir les images des meubles qui bougent, leur disposition, les changements opérés et les affiches que l’on détache. C’est un Lieu. J’ai changé de place, et j’ai changé d’attitude. Depuis longtemps déjà, je ne suis plus assise au bureau, même pour travailler. Depuis longtemps. Ma place, désormais, c’est sur le lit, au coin de la pièce, la vision sur les bibliothèques, peu à peu agrandies, mille fois rangées. Je me souviens des amies et des amants. Des conversations le soir, tout au cœur de la nuit. Je me souviens des cris étouffés et le corps secoué d’émotions. Je vois défiler comme un film certaines scènes de moi : le corps qui danse de joie ou bien contraint, au plus profond de lui-même, par le chagrin. Tous ces flux qui me parcourent, et ces millions de musiques. Le présent s’y insinue, puisqu’il s’y vit, maintenant que je « n’habite » plus là. Pourtant, c’est tant de moi(s) qui vibrent ici. J’ai ces vertiges innommables à l’idée de perdre ces souvenirs. Parfois, une angoisse inconnue qui monte, celle que, justement, plus rien ne viennent refaire surface et que les fibres de mon corps me soient tout à fait inconnus.

C’est un murmure silencieux, et chaque objet, et chaque vide, et chaque écho. Regarde ces visages à travers les lignes, les mots étendus dans ma chair, l’odeur de l’amour, les crispations logées dans les interstices. Je rêve beaucoup d’anciennes personnes dans cette chambre. Des visages comme des symboles. Ici et là-bas, comme la matérialisation suspendue, momentanée mais puissante, de ces liens, ces liens révélés par une poussière dorée, qui vient d’un coup, tracer d’une lumière claire. Je voudrais me laisser happer entière, parfois, pour être sûre de me retrouver. Je voudrais tout écrire, et peut-être même tout inventer. Je voudrais pouvoir pousser de mes paumes les murs de cette nuit et y rêver longtemps. Je voudrais être sûre… Je voudrais être sûre… de quelque chose. De quelque chose de moi ?

J’écoute les émotions qui grondent dans le creux de ma poitrine, comme une mer jamais tout à fait calme. Paraît-il qu’il faudrait parfois les laisser déborder de moi, vraiment. Je préfère, pour l’instant, en tapisser les murs. Le papier peint vert les accueille comme toujours, dans sa couleur éclatante. Je me sens constellée dans un lieu qui m’habite autant que je l’habite. Je me sens attachée et liée aux murs en pierre de cette maison, à la résonnance mille fois repeinte des accueils et des histoires.

Ce lieu, je crois, je ne l’ai jamais haï. Ni ma chambre, ni cette maison. Je l’ai même, toujours aimé, aussi loin que je m’en souvienne. C’est qu’elle est née, de nouveau, avec moi ; mon berceau au milieu des travaux, et, plus tard, la petite fille en robe colorée dans les pièces en construction. C’est sûrement cette force-là, maintes fois décrite, d’avoir un chez-soi. La puissance entière des murs en granits, le lien profond des escaliers en bois. Et nous, entre ces murs, qui vont et qui viennent, tapissent et remballent. Nous quatre, puis nous trois, puis nous quatre, et les autres. C’est accueillant, ici, il y a de la place et on aime recevoir.

Je suis située et ancrée dans cet espace cadré de pierre, au bord d’une forêt, d’un espace immense, « à défendre » puis défendu. J’ai parcouru ces étendues ; je me suis aussi beaucoup terré, dans ma chambre, espace dans l’espace, pour mieux y visiter mon être, pour me reposer du monde et pour y écouler ma douleur.

Aussi, j’y ai beaucoup écrit.


Musique [.que] - In Fog 

Dimanche 23 décembre 2018 à 19:40

C’est comme une douleur dans le creux de l’épaule, une vague de tristesse logée dans une montagne avancée. Dans l’extrait d’amour des horizons balancés je cherche dans les mots un mouvement de fuite, dans la cadence ralentie mais régulière du bruit du clavier, une présence rassurance pendant que mon vide grandit et que les expressions d’ailleurs me filent l’entière peur de vivre.

 

Dimanche 9 décembre 2018 à 4:30

La combinaison de mon cœur qui s'ébranle, et des absolus qui ne cessent de m'envahir. C'est beaucoup trop tôt, beaucoup trop tôt. Je jette les horizons d'une dernière flamme. Et dans les instants fermés, je voudrais que tu joues. C'est beaucoup trop fort, comme ce qui me consume. C'est beaucoup trop fort, que dis-je. Il y a cette immensité qui me parle et qui vient noyer ma colère. La colère du monde à soi que les branches attisent. Et puis, c'est un sursaut étendu qui m'embrasserait soudain.

Ce sont des peurs abyssales, c'est ce fleuve qui irrigue ma poitrine. Ce sont des vagues qui viennent frapper les barrières de mes poumons. Tu vois ?

J'entamerai l'élégie des espérances le jour où tu seras définitivement brulé.

Pourtant, il y a dans les jours qui viennent les racines de ce qui me pèse. Celui qui est entré n'entrevoit pas les échos de mes pas sur le plancher entendu, et les portes qui claquent dans bruit dans l'intimité du monde. J'aurais voulu te dire et que tu me répondes. J'ai l'espoir de t'atteindre.

***

Cette musique m’atteint toujours. Elle porte en elle des couches de souvenirs. C’est cette pureté du chagrin, peut-être, qui me fascine autant. Je me revois au bord du gouffre, mes pleurs qui viennent rouler, glisser dans ce précipice. Et j’ai peur. J’ai peur car le courant est si fort ; j’ai l’impression que je pourrais être noyée par mes propres larmes. Dans ce minuscule espace du XVIème arrondissement, j’ai l’impression qu’une digue qui vient de rompre. J’avais seulement voulu sonder ma tristesse, chercher de l’inspiration et les reflets de mon être. La marée était trop haute. J’aurais voulu courir plus vite, encore. Il fallait tout arrêter car je contemplais l’immensité du chagrin et je n’en voyais ni le début, ni la fin, je voyais juste mon corps secoué, les apparences de la mort, au long, la brassée des images et la morsure de la vie. J’ai vu à travers moi le flux qui se déchaîne, j’ai vu cette attirance en moi de me laisser finalement jeter à même le temps, déchirée, disparue.

Cette cadence entendue et les images qu’elles soulèvent viennent se loger dans ce que je crois vrai. C’est le souffle profond de ce qui s’anime. Des lumières élevées de la neige aux suffocations intenses de la tristesse qui me broie.

Mercredi 21 novembre 2018 à 19:14

Entourée par la mort et la peur qui me berce. Dans le chatoiement des couleurs d’automne, le fil intense des horizons inavoués s’enroule autour de mon cou.

Et, dans l’espace tendu des apparences, je me bats, je me bats, contre les miroirs contraires et le regard enlevé. Ce sont des soubresauts lyriques qui viennent se couler dans le rythme lent du jour. C’est une réinvention, un glissement de perspective et puis.

L’aube pressent dans mon corps et c’est une attente qui me presse ; l’intensité se formule par les interstices de mon émotion. Je retrouve les litanies intimes de ses cordes que l’on vient frapper, et l’appel de ce qui viendrait au cœur de l’être.

Tu vois, perdurent toujours l’odeur du chaos et les besoins insatiables de quelque chose qui soit vrai, d’une vue plongeante et embarquée.

Tu vois, c’est cette nécessité de rugir qui ne se tait jamais. Un battement qui se dit, se vit et qui vient éclater l’espace ; quelque chose qui crie des mots que l’on peut seulement sentir au cœur, révélés au hasard merveilleux et effrayant d’une rencontre à soi.

C’est comme si jaillissait soudain l’expression du temps. L’horizon ; l’horizon plongé dans un brouillard blanc, par-dessus la mer. Le retour d’un paysage familier, peut-être. Et cette respiration nouvelle mais retrouvée, qui vient questionner ce qui est, plus seulement ce qui doit-être, et peut-être murmurer, l’étincelle d’un désir.

https://i.pinimg.com/564x/96/fa/21/96fa216bf872eed37191d6175030b9ea.jpg

Lundi 24 septembre 2018 à 23:19

Je vais crier à pleine bouche devant la force de nous.

Laisse-moi.

Laisse-moi nous propulser contre les murs de l’intense ;

Et jouer à briser les miroirs.

Je sens les échos des eaux-vives qui nous lient,

Echouer avec fracas dans nos corps enroulés.

J’entends les murmures précipités de nos peaux.

Et comme un silence jeté au visage de l’horizon,

Il y a le sursaut de nos doutes qui rue,

Et c’est quelque chose au cœur de mon être qui vient,

Joue au bord du gouffre de nos espoirs 

Pour tournoyer encore dans une danse infinie.

Je te dirai jamais ce que je suis car le temps est trop rêche

Les mots étalés à l’envers m’enlèvent le souffle,

Alors je me jette encore,

Avec toi.

Et la certitude qui me lie éclate comme un feu d’artifice magique,

Emplit l’air des étincelles qui rendent les choses plus belles.

Tu vois ?

Ce sont les envolés de mon âme supportée

Par la permanence de ta peau.

Le glissement de ma voix dans le tremblement

De ta courbe.

Je te regarde alors que l’on tourne, dans un rythme si lisse.

Tes yeux


Musique.

Lundi 20 août 2018 à 17:40


Dans le glissement de l’été, mes pas résonnent sur le pavé du Sud. Je me colle contre toi, comme s’il n’y avait personne et je te porte dans ma gaîté. J’ai l’ivresse joyeuse et mon esprit ronronne. J’ai encore le goût du vin frais qui parcoure ma gorge et le pétillement sans parade de tes yeux bruns. Comme cette petite musique, dans l’éclatement de la ville, à parcourir ton passé, à effleurer aussi les endroits que tu n’approches plus - est-ce de la peur, mon amour ? Je suis contente que tu me parles car je sais mieux que toi ce qui déroule des ombres que l’on oublie. Je suis dans la rue calme au milieu d’un été sans nuage. Je suis là, entourée d’une vague d’affection et de confiance qui me parcoure l’échine et qui me parvient. Je la laisse me parvenir, dans ses éclats. Je recherche la liberté de te croire et l’ivresse de te connaître. Je recherche ta rencontre mille fois renouvelée. Je recherche cette douceur et cette gaîté-là. Ce sentiment-là, comme une vague profonde qui vient me surprendre lorsque tu t’occupes de moi, lorsque je sens l’angoisser marquer un recul devant notre ensemble. Je dessine les contours de cet apaisement comme on esquisse les alentours d’un nuage et je regarde dans ce demi-miroir les reflets de la lumière crue. Je respire de plus en plus clair.

Paris retrouve sa poigne incandescente et lucide. Je ressens dans ma poitrine les avancées brusques de cette eau qui dort. Lorsque j’étais mal à l’aise pourtant, il y a quelques jours, ce n’était pas ça, je retrouvais plutôt cette nuance de tristesse et de fatigue de la foule. Paris est la rencontre des eaux. Cette sensation en moi qui retrouve sa place, ou bien, se manifeste à nouveau, alors qu’elle est toujours lovée là, dans ma chair. Pourtant, je me sens chez moi, et le gris du ciel me rassure, car il raconte l’histoire des rentrées rangées, teintée de nostalgie, de rêves et d’odeurs de plastique neuf. Je me précipite et je range les vêtements. Je me loge comme on respire enfin, dans le canapé et je retrouve le rythme d’une routine qui, peut-être, me dilapide, mais me berce, me rassure, me console. Je suis chez nous. Au creux de l’équilibre, toujours fragile de notre amour. Ou plutôt, de notre avenir.

Je me réveille et je te sens, dans l’obscurité du jour à peine né. Les battements de mon cœur s’échardent encore aux assauts de mon esprit. Je ressens encore les images de la nuit rêvée et les liens cruels autour de mes poignets. La chambre, autour de moi, prend peu à peu forme, et le murmure de la vie revient. La nuit reprend à elle les histoires de peur, et je jette à moi la lueur du jour.

https://i.pinimg.com/564x/eb/c6/d7/ebc6d702249d4e656eb8a4d7827aa58a.jpg

Mardi 24 juillet 2018 à 14:38

J’ai le cerveau enfoui. Je suis prise d’une envie d’hurler, mais ce que je sens c’est ce poids, comme une enclume, sur ma poitrine. Je voudrais que tu sois là et que tu me consoles. Je voudrais que les choses soient simples et qu’il soit léger de se promener ensemble, même au bord du gouffre.

Je sens mes émotions qui traversent mon corps, comme des ruisseaux déchaînés. Je sens mon corps parcouru. Je sens comme un rythme fort et les assauts de l’angoisse. Je détache par lambeaux les épaisseurs de ma culpabilité, de mes peurs, de mon amour pour toi. Tu sais, moi aussi j’ai envie de sauter le pas. C’est justement par ce que je veux pouvoir penser au-delà d’un abstrait proche que j’ai besoin que tu fasses face à ces tabous qui me font peur. Je te sens proche, ta peau contre la mienne, mais mes paroles qui viennent parfois mesurer les barrières si étendues par lesquelles tu te protèges de ce dont tu as peur. J’ai peur des dunes qui lâchent, car je sais ce que ça fait. J’ai vécu la défense pénétrée et la panique qui monte. Je voudrais que tu regardes au-delà des tours pour me prendre plus volontairement la main.

Pourtant, je sais que rien ne laisse présager. La mer est douce. Calme ne serait pas un bon terme pour décrire ce que je ressens pour toi car au contraire, je vis l’intensité comme une forme de valeur. La mer est douce. Mais je peux voir comment se dessinent les morsures des vagues immenses que la rumeur réveille d’un coup. Alors je te dis « j’ai peur que cela vienne un jour nous briser ». J’ai peur car je vois les rivages s’éloigner encore et ma main plonger dans la tienne. J’ai peur car je te connais, je te sens, porté par l’élan de l’eau, penser au fond de toi que l’horizon toujours peut être absolument sans pénombre. Je ne parle pas des avaries conjoncturelles que tu as appris à encaisser, je parle des rougeoiements que la profondeur agite, de te parle de ces moments où ce sont les fondations qui grondent soudain. Et s’il faut le formuler comme ça, je te parle de me rassurer, je te parle de ce que j’ai besoin moi pour comprendre l’au-delà de l’instant.  

Je sens mes sens fatiguer et mon esprit céder contre la vague.

 

Je voudrais rentrer et me coller contre toi. 

 

Mercredi 11 juillet 2018 à 14:02

 

Le spirituel rattaché et qui s’impose comme une vague puissante. A l’intérieur des carcasses, se meut une force invisible, à flots de consciences, qui se réveille parfois au cœur d’une paradoxale sensation de sommeil éveillé. Il y a mon corps si flou et les soupçons de rêve dans ce flux que rien ne contrôle réellement. Une forme de méditation qui s’impose à soi, qu’il faut accompagner avec son corps, avec le rythme que les mains présagent, au fond des mots. C’est un enthousiasme soudain qui regarde avec les reflets du temps.

Mercredi 11 juillet 2018 à 12:13

Les premières gorgées sont marquées d’amertume, et la fraicheur puissance dans l’entrechoc des glaçons. Ce goût-là vient avec son lot d’images. Il y a cette rue de New York. Je suis avec Guillaume, et mon corps est flou, comme encore endormi. Je commande un café glacé, intriguée par ces énormes contenants transparents que l’on voit partout dans la ville. La taille moyenne, s’il vous plait. Le serveur sort quelque chose de tellement grand. Je me souviens de la fraicheur qui coule doucement dans ma gorge puis dans mon corps. Je me souviens de mon réveil progressif, au cours des rues. Je suis accrochée à mon café, dans une douceur hypnotique, comme dans un rêve. Il y a le quartier de Stonewall, et ses petits parcs. Guillaume marche à côté de moi et sa présence me paraît aussi irréelle que magique. Plusieurs fois, dans la suite du voyage, je me commande ce grand café glacé. C’est cette sensation-là, d’amertume, de fraicheur, de liberté et ce soupçon de confort qui naît d’une habitude naissante. New-York est lumineuse et m’accueille de ses grands bras chauds ; New-York qui se laisse parcourir, à grands coups d’enthousiasme. New-York se dessine, dans la présence effacée des glaçons, dans la certitude enfin née que je suis amoureuse.

Et puis c’était un hasard, ou bien un essai fructueux. J’ai commandé à nouveau un café glacé ce matin-là. Et le matin suivant. C’est l’été, et dans la fraicheur timide du jour, Paris est presque vide. Quelques touristes à travers les devantures qui s’ouvrent à peine, l’humidité des pavés que l’on nettoie, et cette sensation étrange de découvrir une ville dérobée et secrète. Cette équation inédite d’un quotidien inconnu tremble dans le vent à peine marqué de la rue de la Rivoli. Là encore, je suis presque en sommeil. Mais le rythme de la routine est ancré en moi. Je marche vers l’hôtel de ville et sa bibliothèque grinçante, en attendant l’ouverture de celle du Centre Pompidou. C’est là que j’ai retrouvé ce goût de café froid. Dans les délibérations internes, à peine futiles, du matin. J’évalue en silence le bruit, les sensations ; j’écoute avec attention, les variations de mon corps et de mon stress. Le café froid se marie si bien avec la saveur sucrée et la chaleur du roulé à la cannelle. Les matinées s’écoulent, dans les claquetis de mon clavier, et l’écriture ramassée de mes notes. J’ai froid parfois ou bien le bruit, de la musique, des autres, me dérange de temps en temps. Dans le Starbucks juste à côté de l’hôtel de ville, il y a des habitués. Au bout de plusieurs jours, certains me saluent, marquant mon intégration dans cette communauté silencieuse. Les glaçons fondent doucement et viennent polir l’amertume du café. Je suis à la fois parfaitement là et profondément ailleurs, tournée vers la fin du mois, et ses échéances, ou bien dans les plis de ma conscience. Parfaitement perdue dans l’instant. Cet instant qui a le goût de café froid et la couleur de mon corps qui s’éveille.

Les premières gorgées sont toujours surprenantes d’amertume, mais cette sensation m’apparaît paradoxalement douce. Elle porte en elle le chemin du goût qui se fond lentement dans l’eau glacée. Et les histoires rassurantes des villes qui s’éveillent, de mon esprit qui s’ouvre et de l’accueil entier des perceptions qui se mêlent. Je retrouve cette impression de mon corps à peine distinct de ma conscience, tous deux portés à la lisière du rêve.

Dans la musique sensible des souvenirs réveillés, il y a cet horizon qui danse dans le rythme alangui d’un espoir qui naît.  

Musique.

 

Jeudi 14 juin 2018 à 23:58

https://pbs.twimg.com/media/BM89AjyCMAAyonC.jpg:large

Ces colonnes de corps qui avancent, les lignes qui se croisent, se touchent parfois mais continuent de glisser dans un rythme dissonant, à la limite de l’harmonie. Et se déversent ces armées de visages, portées à travers la ville. C’est étrange, pourtant, comment les traits ne se fondent pas, et viennent plutôt vibrer comme une infinité de flashs. Tout apparaît si fragile. Aucun de ces corps ne se coule dans cette atmosphère prétendument lisse. Prétendument lisse. Les pans de ciels se détachent doucement, dans le mouvement d’un pinceau flou. Je regarderai les tours qui ne s’effondrent jamais, toujours au bord du chaos.

Le murmure impensé des humanités distraites, qui n’arrivent pas à s’oublier dans le flux. Les aspérités m’aspirent et mon esprit s’accélère en murmures silencieux. Il y a de la musique dans ces nuances de pas, qui griment, sans malveillance, le gris des pavés. Cette sensation que tout est à la frontière du réel, manifestement. Et il s’agirait que le sursaut devienne d’un coup plus fort. A ce jour, qu’une assemblée, touchante, d’errances terres à terres, qui peinent à se tenir.

Presse dans l’altitude de la ville le temps perdu et secoué, étiré à la langueur de cette absolue confiance. Je m’apaise en concentrations retrouvées et en variantes de signes. Les carrés construits à bouts de mots, enlevés de phrases qui s'embriquent et se cherchent le long des caractères. La typographie calme des rapports comme le soin d’une plaie innomée. Et j’articule avec lenteur dans une langue que je trouve, dont il faut épeler le rythme et recomposer le rythme. Mon esprit aux tâches, et mon corps retrouvé dans un mélange de bulles et de thé chaud. L’ennui désapprend parfois le calme qui nait des pages à remplir, la volonté persistante de la rigueur au galop. Comme une musique familière.

Il y a des chœurs silencieux dans ces couloirs, au portes des ascenseurs.

Les rues sillonnantes et les labyrinthes, tout réveille ces espaces de théâtre. C’est comme une peinture invisible qui viendrait défigurer des écrans de cinéma. C’est un jeu d’enfant.


Musique

Jeudi 31 mai 2018 à 1:58

Et tu palpites encore quand ton corps joue la course. Les pulsations basses collées à l'intérieur de toi. Mais était ce bien ton idée? Il y a ton cerveau qui roule et les assauts des miroirs interieurs. La mélodie atone du concert de soi.

J'ai les dents qui s'entrechoquent, j'ai la mâchoire presque serrée et les sursauts qui la lient en pointillé. Ma tête vibre dans une monotonie presque douloureuse.

Tu cherches les regards encore et tu voudrais qu'elle te voit. Tu voudrais qu'elle sente cette énergie solaire que tu as mis du temps à polir.

Elle doit me chercher mais je suis restée immobile. J'ai envie de rester là dans une statue.


Dimanche 6 mai 2018 à 11:50

J'ai dit trop tôt ce qui ne venait pas. Dans un trouble, ou plutôt, un regard. Le ciel se peint de bleu et de paillettes claires. C'est un matin doux, comme je les retrouve. Tes yeux contre mon front, je vois ton sourire, à travers les sursauts du sommeil. Comment les danses pâles des instants s'initient ? Il y a ta bouche sur ma peau et le ronronnement de mon corps; les chatouilles joyeuses de mes sens qui te voient. Le réel est si pur quand il n'est pas encore tout à fait là. Les gouttes de conscience qui remontent peu à peu, comme une comptine muette aux accents enfantins.

Ma main pour redécouvrir ton visage, sans que le doute vienne sur ce que tu es. Ma main qui parcoure tes joues pour venir s'y lover. Et puis je t'aime.

https://i.pinimg.com/564x/c6/f1/95/c6f19518caf5953d2307e23982420bff.jpg

Lundi 5 février 2018 à 3:03

Je tiens dans mes mains une étendue de sable froid,

Qui coule doucement.

L’eau de mes sens à peine retenue dans cette litanie

Silencieuse.

 

J’ouvre les paumes comme une étoile filante et je crie

Des paroles que je ne comprends pas.

Le sable est doux et triste dans sa fuite sombre.

C’est comme du vent que l’on embrasse.

C’est comme du vent.

 

Je suis nue et rêche dans un espace blanc,

Attachée au temps qui se révèle d’un coup.

La marée monte au-dessous de mes jambes.

Je ne saurais jamais s’il fallait se noyer.

 

La lumière, la lumière !

J’entends cette comptine qui murmure

Éclairée, éclairée !

Comme une mer immense.



Musique

 

<< Présent | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Passé >>

Créer un podcast