Mardi 14 juin 2016 à 20:40

https://s-media-cache-ak0.pinimg.com/564x/42/ef/03/42ef03e60ddba76fb29419cb4cf78ce9.jpg De quelle couleur suis-je, au juste ?

Le bruit de la pluie, soudain, se met à tomber.
Et dans un bruissement lourd, les nuages se
Déversent.
A l'infini, A l'unisson,
Comme une peinture maladroite.

J'aurais tant divisé mon coeur dans cette multitude
A l'écho de cette eau, perlée.
J'aurais tant heurté contre cette violence que je m'inflige
Et dont je ne sors pas.
Et dont je ne suis pas.

Dans les reflets de mes pensées, je cherche des aurores,
Ou même des illusions; pour respirer enfin.
Un instant suspendu, qui ne tiendrait pas seulement
Par sa seule vitesse.
L'espoir, peut-être,
Et un miroir doux.


***

Il me paraît encore proche, ce passé, car il est clair à mon esprit.
Je me souviens des inflexions de cette musique, et de ce que je savais de moi.

Mercredi 8 juin 2016 à 18:26

Je lui ai dit : je voudrais retrouver l'odeur de l'été. Ou plus justement: je voudrais la repeindre, la reprendre au temps, à ces souvenirs là.
On a fait ce pari là, hein ?

Lundi 23 mai 2016 à 16:37

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Ce sont des couteux bien aiguisés que je m’enfonce sans trembler dans le ventre. J’ai l’esprit qui roule dans tous les sens, qui se cogne contre les pans de mur, de mots. Les émotions en panique, les liens absurdes et l’angoisse qui gronde. Je marche dans la rue, mes yeux me semblent étrangement tendus et lourds. Ce qui m’entoure me paraît grossièrement découpé et trébuche dans de bizarres appels au sens. Mes larmes à l’intérieur. Je voudrais parler à voix haute pour faire couler ce flux maladif coincé dans ma tête. Mes lèvres forment des mots absents mais je vais trop vite. J’ai l’impression de tout mélanger, et de tout fuir. Mon esprit se rétracte

Un refus. Devant l’obstacle, le cheval, pourtant si entrainé, malgré la pression des cuisses sur son ventre immense. Le cheval a baissé la tête et n’a pas sauté, il ralentit et s’avance en trottinant vers les barres alignées. L’angoisse soudaine, au-dessus de lui, vient-elle couler dans son corps ? La raideur passagère des jambes qui l'entourent, les mots à peine formulés « eh bien ? Qu’est ce qui ne va pas ? ».

Mon corps amarré pleure soudain, et tremble si fort. Un refus. Je voudrais pouvoir noyer mes mots à travers d’autres mots, à travers l’illusion d’une volonté plus forte. Je voudrais me faire taire.

Un refus. J’ai honte. J’ai peur de rentrer à l’appartement. Je m’enferme dans la bibliothèque blanche, qui se remplit tout au long de la journée. Cela me fait frémir. J’ai envie de plonger dans les rainures d’un livre et d’oublier longtemps la couleur de mes jours.

C’est une violence absurde et la fatigue, peut-être, c’est un amas de jugements-poignards qui se trament sous ma peau.


Lundi 16 mai 2016 à 13:12

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 Je pourrais divaguer longtemps sur la lueur des choses passées et sur la puissance sourde des souvenirs, où se dressent comme des amarres les traces de nos sens et les mots déjà dits. Toute entière habitée de ces tonalités vagues, toute entière je rejoue les partitions que je n’oublie pas. Avalée et redite, contractée et envahie. La clarté à découvrir, au creux de ce qui se joue, au fond de moi.

***
 

J’ai la bouche fermée à mes lèvres, elle souffle doucement. Le jour est déjà loin, pourtant la nuit s’absente. Je ne suis qu’à ses yeux et leur aube palpitante. Sa main qui trace des contours invisibles sur la table en bois vieilli se courbe doucement. Le silence est si présent et si important qu’il m’obsède, mon esprit, au secours de ma voix, se distrait, regarde ses mains, ses yeux, imagine des conversations muettes et voudrait ne rien briser. Mon esprit veille, suspendu. Je pense à toute allure, morceaux d’équilibristes virtuoses et inutiles, c’est ainsi que j’attends. Ses lèvres entrouvertes « hum, je ne sais pas… ». Quatre cent fois je me retiens de compléter, de tenter de la délier en jetant au hasard de mon imagination et de mon amour, mille perches, mille débuts, mille formulations-tremplins, comme quand il s’agit de consoler, ou de continuer à ouvrir ce qui s’est laissé deviner. Mais je perdrais trop. Il faudrait pourtant calmer mon regard, troublé par l’agitation hasardeuse de mon esprit qui peine tant à se taire. Ne pas la fixer, ne pas regarder trop au loin. Le menton glissé au creux de ma main, je m’entraine à des nuances imperceptibles de sourires, ridicule, en imaginant les inflexions de ses lèvres. Dans ce café par ailleurs presque vide, on vient acheter des cigarettes. Un défilé irrégulier de noms communs et de costumes sombres. La porte qui s’ouvre rafraichît l’atmosphère. Sa voix. D’un coup, sa voix timide, qui vient se dérouler longtemps. Un bonheur qui me parcoure le cœur et les tressaillements de ma joie. Je l’écoute, la nuit glissant son chemin. Elle dit.  

Samedi 14 mai 2016 à 23:48

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Un jour, j'écrirai un poème,
Avec toutes les voix que mon esprit butine,
En défaisant doucement cette immense clameur,
En émergeant longtemps de la lenteur de mes pas.

J'arracherai bien sûr les mots à leurs visages,
Pour entretenir beaucoup les ports de l'aventure
Et pour voler plus haut au coeur des precipices
Pour voler !

J'aimerais que cela soit beau, ou bien peut être pas.
J'aimerais que l'on puisse le chanter
Comme on crie,
Comme on crie,
Avec la raideur douce des mots qui passent les lèvres
Et plongent dans le gouffre clair du monde qui s'ignore.

Quelque chose comme ça,
Un poème.

Dimanche 1er mai 2016 à 14:53

Le soleil luit au dehors mais mon intérieur est si râpeux, ma tête boursouflée d'éclats de rage et lancinances.
Agressée par le moindre son, je me sens dévorée et peu à peu devenir liquide.
Impuissante devant mon propre rejet au monde, ma mauvaise humeur se nourrit d'elle même.
Je voudrais retrouver une grotte silencieuse et douce,
Les pas rageurs du voisin du dessus résonnent sur mes tempes,
Les basses trop fortes de la télévision, en dessous, me donnent la nausée,
Mon frère grommèle et l’ordinateur ne cesse de faire du bruit.
Je voudrais,
Faire entrer de l’air dans mon esprit.

Mardi 1er mars 2016 à 13:08

https://s-media-cache-ak0.pinimg.com/564x/89/91/28/899128186716ee675604231b67322962.jpgParis 1960s Photo: Johan van der Keuken

 

Dans la force d'une émotion, quelque chose d'un trop, comme la tentation d'un abîme, qui se cacherait à chaque coin de soi.

D'un coup, nous sommes ramenés à nous, à travers la reviviscence brutale et intense d'une émotion passée. Le sentiment y est entier, placé dans l'étui pourtant lointain de la personne que nous étions alors. Puis, vivace, émerge la douleur d'un arrachement puisque le bonheur y est tout de suite à nouveau lointain et immédiatement terni par les souvenirs que la marée amène avec lui. Demeure pourtant la certitude d'avoir été heureuse. Je sens mon cœur qui se contracte, pendant que la voix dans mes oreilles murmure au revoir, inlassablement. Demeure l'émotion intacte de l'excitation puissante et sans peur d'il y a des années, pourtant contenue dans ce chant qui ne fait que répéter "sayonara". Comme si, au commencement même de ce bonheur là, était caché le chant nostalgique de sa fin, où je me trouve maintenant. Je sens cette partie de moi soudain réveillée s'éloigner à nouveau. Je n'ai pas envie de la retenir. Le bruit du métro reprend ses droits. Et je m'arrête lentement pour laisser défiler les lignes de voitures noires. La bruine, la nuit, ce quartier de Paris où habite mon amour. Tout cela renaît à moi sous une nouvelle couleur et la musique passe, changée elle aussi. 

Paris devient une fresque inachevée où viennent se peindre mes émotions à même la pierre, à même le ciel, à même les rues, où la vie s'y déroule en surprises. J'habite désormais Paris, c'est-à-dire que la ville abrite désormais, en silence, des espaces de moi. Je suis dispersée dans Paris, comme autant de recueils d'enthousiasme, de désespoir et de nostalgie parsemés. Je me rencontre parfois, au détour d'un faux-hasard. Un ancien visage, une émotion enfouie, ou bien est ce la sensation diffuse qu'apporte un endroit connu. "On oublie jamais les gens que l'on a rencontré, on a parfois du mal à s'en souvenir".

Paris devient cet album éparpillé, si immense et diffus, où je vois parfois éclore des instants de ce que je fus, perdus en moi.
 

Mardi 2 février 2016 à 18:17

Enveloppe-moi, dans quelque chose de grand, un rêve qu’on aurait bâti sans aucun sens. Un rêve qui serait un geste et l’expression de notre candeur au monde. Enveloppe moi, je t’en supplie, dans la clarté de tes espoirs, ceux qui luisent et que tu verses au creux de ma bouche. Les racines s’amoncellent, portant tant de poussières et de fissures à venir. J’ai peur, que mes membres s’engourdissent encore, dans la force annihilant de ma pensée. Des milliers de murmures qui se griffonnent dans ma tête. J’aurais voulu les tordre et les chanter. Les échos lointains.

Tu te souviens, souvent,tu trouves sur mon corps des bleus, dont je ne me rappelle même plus d’où ils viennent. Je ne me rappelle pas. Il y a pourtant cette trace violette et étrange à la surface de ma peau. Parfois, c’est inexplicablement placé : à l’intérieur de mon genou, à l’orée de mon sein. Qui donc peut se frapper ainsi la poitrine et ne pas s’en souvenir ? Un bleu si fort qu’il jouait de toutes les couleurs au cours des jours. Je ne me rappelle pas. Juste à le découvrir.

Cette même poitrine, je la sens bouger, au rythme de ma respiration, la nuit, quand je suis assez rassurée pour écouter autour de moi les alentours silencieux et ta présence.

 

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Sometimes, everything is probaly lost

And we can’t really imagine another way

Another to recover theses memories

Trapped in the south, deep south of our mind,

I don’t know what to say, to those who have lost their precious time in the waves of loneliness. I am one of these, blind, trapped in the pure sentiment of sadness. In these days of wandering, I see trembling lights but often illusions of sun.

Comme coincée dans mon sommeil, je redécouvre la terreur du matin. Je ne me réveille pas, emprisonnée derrière mes paupières et mon corps de plâtre. Une sorte de conscience et ma réflexion toujours courante, je sais que je dois être en train de rêver. J’essaie de me frapper le visage pour réveiller mon corps et je supplie n’importe quel bruit de venir délivrer cette chose inerte et mon esprit qui hurle. J’ai beau dompter la peur d’être à jamais enfermée, le désir de m’enfuir est si fort. Parfois, je me réveille enfin, mais le sommeil me tire encore à lui, et j’ai l’impression d’être trahie par lui, à peine remise de mon combat, je dois maintenant lutter contre mon corps qui me rappelle à l’inertie. Je finis par secouer la tête ou à m’imaginer que je crie, et je sors du lit brutalement, ou bien j’amène mon portable devant mes yeux comme réveiller l’ensemble de mes yeux.  

Lundi 1er février 2016 à 22:49

L'espace de mon visage et l'étendue de ma bouche
Quelque chose
Comme l'échappée de mes lignes


Dimanche 25 octobre 2015 à 20:04


Elle me tendait un paquet de feuilles, en souriant. Débarquée de nulle part, elle était là, devant la porte de l'appartement. Ses cheveux noirs étaient un peu trop longs, un peu abîmé mais elle souriait franchement. "C'est pour toi, me dit-elle, c'est un manuscrit." Je restais immobile, j'avais l'impression que mon coeur allait se briser. Je n'avais conservé sur aucun souvenir, sur aucune photo, quelque chose de ce souvenir là. Je me surprenais à me demander si c'était vraiment elle, si ce sourire-là était vrai. Elle ne bougeait pas, ne semblait pas être irritée par mon silence ou mon inaction. Elle restait, avec son livre de feuilles reliées dans les mains. Elle me regardait puis inspectait du regard le palier de l'appartement.
"Un manuscrit de quoi ?" Ai-je fini par formuler, maladroitement.
D'un coup, son regard se fixa de nouveau sur moi "c'est un roman". Elle avait répondu vite mais clairement. J'étais à nouveau sonnée, incapable de reprendre mes esprits. Quelque chose de moi tourbillonnait vite, à manger du temps et des faits pour essayer de comprendre, mais grandissait l'envie intense de pleurer. Je ne savais que répondre à cette image de moi qui me souriait avec confiance, venait frapper à ma porte pour me confier quelque chose. Des images, des milliers d'images où je tentais de retrouver cette personne en face de moi. Des sentiments, pourtant qui venaient peu à peu m'envahir. Une tristesse venue du fond des eaux. Elle me regardait sans s’agacer, et j'avais l'impression qu'elle n'existait pas, qu'elle ne rentrait dans aucune cohérence de mes souvenirs, de mes vécues les plus intimes, qu'elle n'était pas une mais un milliers de nuances de moi, venues me rencontrer, sur le palier de appartement, un jour d'octobre. Ces sentiments mêlés avaient pourtant pris l'apparence de celle que j'étais à 14-15 ans, au cœur des tumultes. Elle se présentait avec ce tas de feuilles, soigneusement reliées, j'ai toujours été très soigneuse pour ce genre de chose. Il était tôt dans la matinée, et je reconnaissais bien ses yeux foncés, mes cheveux trop longs, cette allure un peu affaissée. Je ne reconnaissais plus ce sourire là, je me souvenais pourtant d'un élan toujours là. Je me souvenais pourtant d'une forme de rage.
"Tu ne le prends pas?" me dit-elle soudain. Son regard était amusé, un peu fière d'elle de la surprise, qu'à chacun de ses mots, elle croisait dans mon regard.
"Bien sûr que je le prends", répondis-je. Je ne tendais néanmoins pas la main.
"C'est le manuscrit, c'est pour toi", elle fixait mes yeux, elle me tendait le livre, et je sentais émaner d'elle une bienveillance sans limite.
Je le pris, je jetais un œil mais je n'arrivais pas à distinguer de titre sur la première feuille. Je soupirais profondément, je refermais là porte. Le palier était vide et sans odeur. Dans le lit, G. dormait encore, je vins me coller contre lui, mes pieds étaient si froids.

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