Jeudi 2 mai 2019 à 9:56

Et dans les sûretés de la vie, cueillir encore l'envie du large et des envies palpitantes. Tout va trop vite et il me faudrait du temps. Il me faudrait de la vie en barre, à croquer, à mordre. Je voudrais pouvoir perdre mon esprit dans l'infiniment là.

Mercredi 10 avril 2019 à 17:04

20/03

Pourquoi ces sentiments qui se brisent comme des vagues ?

C'est étrange. Je sens que se brise en moi l'impression d'un étrange absence. Finalement, moi aussi je vis de l'intense dans ces espoirs qui se perdent et dans les ardeurs infinies des harpes que l'on coupe.

Un condensé pure d'émotions
 
Je suis ces émotions brulantes qui me percent la peau mais me font vivre. Je suis cette intériorité qui bouillonne et étincelle. Quand je contiens la douleur dans cet équilibre précaire qui me donne l'impression, en un instant, en une évidence, que je suis en train de *vivre*
 
La seule chose que je suis sûre de mériter c'est ma souffrance

10/04
 
C’est une main qui se referme durement sur ma poitrine. J’ai l’impression qu’il y a un trou noir, en moi, au centre de mon torse. Autour, des cercles de pierres qui viennent frotter et se resserrer sur mon angoisse.
 
Je me sens fébrile, mon corps parcouru des courants électriques, mon cœur bat vite mais comme enfermé, j’ai la respiration qui peine, empêchée et par à-coups.
 
Bonjour mon angoisse.
 
Je te hais car c’est un miroir dur. Je te hais car j’ai peur.
 
Je sens les pores de ma peau douloureux quand ils s’étirent. Je sens ma tête qui bouillonne. Je voudrais pouvoir fuir loin de mon corps, loin de tout. Dormir longtemps.

Jeudi 7 mars 2019 à 11:32

J’aurais peut-être du écrire ce rêve. J’aurais sûrement du.

Les images se dérobent à ma mémoire. Je ne me souviens que de ta présence, tes cheveux longs (ils n’ont jamais été comme ça, ton regard) ce besoin de me parler, ce baiser que je te refuse. Tout est si flou mais dans la torpeur douloureuse de ce matin, je sens ce rêve me prendre dans ses griffes sans que je puisse lui parler. Cette impression d’être engluée dans les marées invisibles que mes émotions viennent nourrir.

C’était une fête, je le sais. Un autre personnage était important mais son visage, son nom ont disparu.

Je voudrais pouvoir effacer de mon cœur l’espace de ce rêve. Me réveiller enfin. Et déplacer les murs de ma propre conscience.

Jeudi 7 mars 2019 à 10:47

Je suis dans la pleine lune

Je suis dans la pleine lune, dit-elle.

Et c'est à cet instant que j'ai envie de respirer, 

En écoutant longtemps ma voix. 

Lundi 4 mars 2019 à 17:21

Mon cœur comme une armée que la folie guette, et le rythme lourd de ses pas dans mon corps. Je les entends rugir comme des tambours, au loin. Et cette pesanteur absolue qui m’entraîne. Je voudrais pouvoir simplement dériver, vide, sans courber sous les assauts de mon esprit.

Et le ciel pourtant continue de couler, et le ciel qui pleure pour moi.

C’est un crépitement douloureux dont la manifestation m’échappe. Je n’entends que ses reflets et leurs ombres. Je voudrais seulement pouvoir dormir, et aller marcher sur ces rails qui dorment sous l’eau claire. Glisser dans cette immensité bleue pour y mourir, silencieuse Glisser, glisser encore longtemps.

 

« Prends-moi dans tes bras, petite chose, je suis là. Prends-moi dans ton cœur, encore une fois. Le voyage n’est pas si long et sur la banquette, endormie, tu pourras y retrouver tes rêves. »

« Je voudrais pouvoir les lire. »

Nos mains qui se touchent, du bout des doigts, puis l’entièreté de la paume, dans une lueur fragile. Je voudrais te tenir la main plus fort. Tirée doucement à toi, je m’avance. Mes pas sont lents, j’entends mes pieds nus se décoller du sol. « Tu as coupé tes cheveux ». Je sens les larmes qui coulent à travers mon corps et ma respiration qui se coince encore en haut de mon cœur. Elle me porte délicatement contre elle, et je sens sa poitrine qui bouge lentement contre moi. Il faudrait pourtant que je pleure. Sa voix silencieuse se répand en moi comme une lumière.

« Je voudrais pouvoir les lire. »

Je sens palpiter en moi un million de forces, de tensions, d’éclats et de peurs. Ils se tordent et résonnent. Je ferme les yeux plus fort. Je voudrais tant que cela s’arrête.

« Reste avec moi »

Je ne peux pas ouvrir les yeux et je me sens partir à l’intérieur de moi. J’aimerais hurler, et faire taire les voix qui m’assaillent. Je voudrais tomber à genoux et que cela s’éteigne, simplement. Sa main me caresse les cheveux. Je voudrais rétracter mon corps à l’infini et qu’il disparaisse en un rayon de lumière pure. Je voudrais fuir sans avoir à partir. Je voudrais toucher son amour.

Je ne peux plus relever la tête et c’est un tremblement invisible qui s’empare de mon être. C’est sans espoir, me dis-je. Il n’y a ni endroit ni chemin. Ce n’est pas possible.

« Reste avec moi »

Je voudrais pouvoir y croire. Ma main vient toucher mon torse et je frisonne de me savoir là, de sentir ma peau du bout de mes doigts. C’est comme si je n’avais pas disparu. J’entends des paroles au loin, au plutôt des sons, qui viennent soigner les déchirures qui s’embrasent. J’entends les résonances qui se déroulent et viennent peu à peu m’atteindre. J’entends mon esprit qui faiblit doucement, et je voudrais tomber enfin. J’entends la fatigue qui arrive.

Le temps se détache des parois blanches et bleues du moment suspendu. Elle est toujours là. Elle joint à nouveaux ses mains avec les miennes, je pourrais presque les sentir. Elle se dérobe au-delà du miroir et je ne la vois plus.

« Je suis présente ».

Lundi 4 mars 2019 à 15:57

Je voudrais me fondre dans l'intensité de la ville,  m'y engloutir avec gardeur, fusionner avec sa pulsation. Dans la vitesse immense de cette voiture qui courre, dans l'amplitude immense de l'ivresse, dans les assauts absolus de l'amour, dans l'outre-mesure du temps.

Musique

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Lundi 25 février 2019 à 18:12

J'ai l'impression d'être si fragile et les hauteurs de vue. Dans l'apesanteur émotionnelle, les fragments de soi scintillent à même le son, dans un équilibre presque douloureux. L'on voudrait sortir de soi pour être plus soi encore, se jeter au coeur du rythme pour s'y exprimer vraiment. 

Mercredi 13 février 2019 à 14:58

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Pourquoi dans ces interstices, le volume nacré des enveloppes, les volutes de fumées apparaissent plus claires ?
 
Pourquoi j’étendrai la main plus loin à l’intérieur de mon ventre pour y retirer mes couteaux ? Je les sens, profondément ancrés dans ma chair. Ces frottements de douleur d’arrière corps, je m’y suis habituée. Et il faudrait les extraire, s’en extraire. La musique entêtante et répétitive de mon être contre les lames. Ecrasée par mes sens mais forgée à résister, j’ai marché longtemps, parfois à contre-vent. Le vent, en-moi, sur-moi, et collé à mon être par tous les sens du vide. J’ai formulé longtemps des résistances qui s’allongent. Et puis, cette malaisance logée, cette sensibilité au monde. Parfois il est temps, paraît-il, de se défaire des anciennes peaux. Et naît la peur sans visage des inconnus blancs et sombres, blanc comme la mort. 
 

Lundi 28 janvier 2019 à 18:11

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Mon corps me pèse et c’est une chaleur qui me pénètre l’orée des lèvres. J’aurais voulu m’envoler plus haut. J’aurais voulu toucher les reflets bleus dans le ciel, et attacher aux corps des volutes étrangères une impression de sens. Il fait sens de troubler au creux des yeux une attitude arrachée, il fait sens de murmurer toujours des inepties au fond de soi. C’est une caresse plate et suspendue.

 Je regarde les miroirs sans tain qui entourent ma mémoire, et le sentiment brut des jugements qui viennent se briser contre moi, comme des vagues. Je regarde les miroirs et leurs reflets me donnent envie de pleurer, et cette envie de pleurer me remplit d’avantage de colère contre moi. J’aurais voulu sortir d’un coup de cet étau, de cet état. J’aurais voulu trouver une inspiration profonde et balayer de l’intérieur mon immensité rongée, pour éclater au cœur et m’envoler soudain.

C’est une impression forte, celle de lutter contre soi, et de vouloir résister toujours à un abandon au noir. Mes mots formulent des espoirs et des principes, mais c’est pour toujours m’empêcher de glisser dans l’abîme. Pourquoi ? Il s’agit autant d’un réflexe, si ancré que je ne saurais plus qui je suis s’il m’était enlevé.

Toujours ces sentiments de flux et de mouvements contraires, et dans le rythme intenable des spirales mentales, il faudrait se laisser accompagner et se laisser pénétrer par soi. Pourtant, j’ai si souvent l’impression que ma pensée est lestée, tellement puissante et encombrante, un peu malade. Il faudrait abandonner encore tant de choses, peut-être et sauter à nouveau, dans ces immensités bleues.

Dans ces immensités bleues.


 

« C’est l’hiver », dit-elle en murmurant. Dehors, les flocons mélangeaient avec la pluie, et venaient disparaître au sol. Le vent froid s’engouffrait dans l’embrasure de la fenêtre. « Je voudrais prendre le temps de raconter des histoires, de faire sortir des masques et des visages de mon esprit ». Sur sa main, la neige se faisait de plus en plus réelle. Peu à peu, les toits aux alentours se couvraient d’une couleur claire et le ciel était désormais presque blanc. La beauté des contrastes se distillaient dans la lenteur du froid et son regard se perdait avec enthousiasme dans la contemplation de la ville. Elle aurait voulu pouvoir décrire ces sentiments qui se bousculaient en elle, une joie qu’elle sentait toute entière sortie de son enfance et une nostalgie profonde, de celle que l’on porte toujours avec soi. La fraicheur venait couvrir ses doigts et glisser à l’intérieur d’elle-même. Gelée, sa main était délicatement gelée et elle s’amusait à imaginer une main ouverte qui ne refermerait pas. Peut-être qu’elle ne le sentait pas, ou qu’elle ne sentait plus rien. Il fallait que la neige la morde plus profondément dans sa chair, que le vent lui creuse le visage dans la profondeur des yeux, peut-être même pour lui tirer des larmes. « Qu’est-ce que tu fais ? » Une voix la tira d’un coup de sa torpeur, et de sa fascination gracile. Elle ferma la fenêtre brusquement sans détacher ses yeux des flocons qui tombaient toujours plus fort, « c’est l’hiver », répéta-t-elle.

Vendredi 4 janvier 2019 à 10:52

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Je relisais d'anciens articles. Je le fais régulièrement, c'est là que je découvre véritablement mes textes, que je peux même parfois apprendre à les aimer, et que je me reconnecte à la personne que j'ai été. Voir et sentir à la fois la distance et la puissance émotionnelle.

Je relisais d'anciens articles et j'ai eu le sentiment d'une lente guérison. Cette fin d'année, en retrouvant un rythme de travail réglé (je ne suis plus étudiante), j'ai mesuré, a posteriori, l'état de fatigue physique et émotionnel dans lequel je me trouvais. C'est aussi que, depuis cette dernière année de prépa, où j'étais allée creuser très profond dans mes réserves, où j'avais été, une nouvelle fois je crois, en dépression, j'avais eu l'impression de remonter peu à peu. C'était toujours mieux que l'année d'avant, j’étais moins oppressée, globalement moins abattue. Pourtant, à reprendre un cours de vie plus calme, libérée des concours et des objectifs que l'on se met à soi, libérée des emplois du temps libres et ainsi toujours contraints, je me rends compte de ce qui pesait encore sur moi. Je me rends compte que oui, c’était mieux, mais c’était encore beaucoup.

J’avais conscience d’être fatiguée, profondément fatiguée. Et d’avoir du mal à sortir de cet état. Mon sommeil s’est peu à peu amélioré mais demeurait encore troublé et peu réparateur. Je dors sans dormir, et les rêves-cauchemars qui m’assaillent. Là, je fatigue toujours relativement vite, surtout psychiquement, mais je ne me sens écrasée par cette forme de sommeil dès que je me lève. Je me sens toujours dans un équilibre précaire, j’ai toujours des angoisses, mais sur le fond, ça va mieux. Je ne suis plus contrainte par ces échéances et ces montagnes de concours.

Mon nouveau boulot se passe beaucoup mieux que je m’étais laissée aller à l’espérer. La stabilité financière qu’il m’apporte m’a également beaucoup aidé à aller mieux. Je ne dépense pas beaucoup plus, finalement, mais je suis enfin indépendante et, par-là, beaucoup apaisée. J’ai mon argent, j’ai même des économies. Je ne suis pas constamment en culpabilité, en peur de trop dépenser ou de faire les mauvais choix. C’est tellement de fatigue mentale en moins, tellement de choses qui se calment car je sais qu’en cas de pépin, je pourrai gérer.

Je suis globalement plus apaisée et c’est très agréable. Se réveillent en moi des émotions et des questions parfois plus enfouies, relativement à des questions métaphysiques ou, plus positivement peut-être, des envies de créer. Je consacre également une partie de l’énergie que j’ai à nouveau pour entamer une thérapie profonde avec une psy.

2018 ce sont des fins, une période de transition, un nouveau départ et les premiers émois d’une nouvelle routine. 2018 ce sont les rideaux voilés et blanc d’un passage ; c’est aussi la lumière au creux de la porte. J’ai parfois l’impression de retrouver des parties de moi que je n’avais pas rencontré depuis longtemps, j’ai parfois l’impression d’avoir passé un versant sans m’en rendre compte, car mon regard était ailleurs.

Et puis, il y a cette relation-là, cet amour. Dans ces moments où je dis moins que je ne raconte, je ne voudrais pas abîmer et dire mal. C’est toujours dur à saisir et à exprimer, surtout en société d’ailleurs. Les paradoxes d’une relation travaillée, patiemment construite mais qui garde en moi l’impression de quelque chose de miraculeux. C’est si profond, si apaisant et si évident. J’ai de plus en plus confiance en lui, en nous, et peut-être en moi, et je me sens heureuse. Je suis amoureuse et je suis aimée. C’est parfois juste difficilement croyable et j’ai l’impression d’une assise immense, et d’une force profonde.

2019, alors. Cela sera se rencontrer à soi, encore. User de l’énergie libérée pour aller voir de vieux démons, pour apprendre. Je sens que renaît, plus fort, en moi, l’envie de créer. Je voudrais apprendre ou mieux apprendre à savoir ce que je veux, à écouter ce que sont mes envies et me donner le droit d’y répondre. J’ai aussi commencé à écrire ce dont je rêve la nuit, tant que possible. Je me sens plus solide sur mes appuis car, tout simplement, je ne me sens plus totalement épuisée. Je vais plus voyager, aussi.

Jeudi 3 janvier 2019 à 15:04

Ce que je sens, dans mon inaction fasse à ces assauts d’angoisse, c’est presque le sentiment d’un attachement. Je ne souhaite pas que l’on me donne des moyens de m’en débarrasser. Ou plutôt, je voudrais que cela soit immédiat. Ce que je rejette, d’une certaine manière, c’est ce processus, de faire face, de l’effort de faire, c’est l’impression d’une montagne et d’une vanité. L’angoisse me prend ici dans d’immenses pattes d’araignées noires, comme ces crochets dans le jeu vidéo. Son emprise qui naît de rien, c’est toujours douloureux et vexatoire de le reconnaître, mais apparaît d’un coup, comme des griffes qui se referment. Sur moi. Et viennent lentement me pénétrer la poitrine et le cœur. Je sens leur point d’ancrage sous mes seins, et sous ma peau, et la douleur qui vrombit doucement et vient appuyer contre ma respiration. Je sens la musique qui coule le long de mes oreilles, de mon cou, vient se lover dans ma tête pour tenter de balancer ailleurs. Je sens mon esprit qui s’y raccroche, comme il se lance à la poursuite du rythme de mes doigts sur le clavier. A l’intérieur de moi, les assauts intérieurs de cette emprise, les ondulations de la musique, le vrombissement de mon esprit qui se démène pour démêler, les jugements qui courent et viennent se heurter aux murs de ma conscience, pour parfois le traverser.

C’est une crise. C’est à la fois terriblement silencieux et bruyant. Une cacophonie qui voudrait se faire entendre au cœur de ma poitrine et la sensation, désabusée, inutile mais persistance que tout cela est vain, sans sens, sans nécessité. Je trouvais fermer cette partie de mon corps comme on fermerait les yeux. Que cela se finisse. Ce n’est pas si grave, ce n’est même pas si douloureux, c’est gênant, et handicapant. De grosses épines que l’on ne voudrait pas avoir à enlever. En serrant les poings, en demandant bien fort, peut-être qu’elles pourraient s’enlever toutes seules ? Il faudrait accepter de se confronter à même la chair, y accrocher les mains, se tourner vers soi et ce qui respire. Je ne veux pas.

C’est une crise et c’est à la fois intense et impalpable. C’est une crise et pourtant, c’est presque rien. Je suis assise sur ma chaise, mon corps fonctionne, mon esprit aussi, ma respiration est légèrement pénible, mais rien qui pourrait faire basculer dans une forme de panique. C’est un caillou dans le pied. Je me souviens, je relativise. J’ai pu me brasser sur l’être des entièretés de roches, j’ai pu me sentir effondrée sous tant de pierres. J’en vois d'ailleurs, autour de moi. Alors, comment, ce caillou ? Comment ces branches qui m’enserrent sans m’étouffer ? Comment ce sentiment d’impuissance se nourrit-il ? Comment suis-je prostrée dans ce temps suspendu ? Je me sens incapable de me confronter vraiment à cette angoisse glissante, je ne le veux pas, je l’ai dit plus haut, je ne sais pas si vraiment je le puis. Et pourtant, incapable aussi de me resituer dans le flux de la vie sans crocs, du travail et du temps normé. Incapable, comme interdite. Le fleuve qui s’écoule au-dehors de moi. Et cela nourrit l'angoisse car je me vois voir ce qui ne peut se faire, la perspective d’un retard. Je vois se déformer, légèrement, ce qui ajouter au trouble, ma vision sur la situation présente. Je me sens moins capable de faire, je vois d’un œil plus dur ce que j’ai déjà produit. Je me souviens du déclencheur, minable.

Le déclencheur, cela a été une conversation téléphonique. Ma cheffe m’appelle, me présente un problème. Je dois contacter Monsieur D, prendre le poul du problème et organiser un appel avec l’équipe technique. Rien de compliqué. Je vois comment faire, je m’exécute. J’appelle Monsieur D. Puis, je trébuche. A la fin, je ne dis pas « ça vous va ? » mais « ça vous dit ? » que je corrige d’un « ça vous va », tout de suite après. Il sourit en me répondant, cela s’entend. D’un coup, l'angoisse qui rugit, articulée au jugement de moi promptement activé, visible. Je raccroche et traite la situation. Extérieurement, tout va bien. Et moi je sens la honte à voir les griffes se refermer ainsi pour une broutille. Oui. Une broutille. Les écrans qui m’assaillent comme le miroir sans tain de mon propre regard.

J’ai rattrapé la barque. J’essaie de respirer par le clavier, comme si j’avais peur, vraiment, de mettre les mains dans mes poumons. J’essaie de faire ce que je sais faire car j’ai peur. J’essaie, peut-être, pas vraiment, je ne sais pas. J’essaie, car je ne sais.

J’ai les mâchoires serrées et la fatigue qui monte. 

Dimanche 30 décembre 2018 à 2:59

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Je capture le temps, dans le silence de la nuit ; ses fumées blanches et roses aux allures de fleurs, et la nostalgie éparse dans les refrains des couloirs.

Dans cette chambre-là, j’ai beaucoup vécu. Les objets, les couleurs et les murs. Tout est habité. Je pourrais revoir les images des meubles qui bougent, leur disposition, les changements opérés et les affiches que l’on détache. C’est un Lieu. J’ai changé de place, et j’ai changé d’attitude. Depuis longtemps déjà, je ne suis plus assise au bureau, même pour travailler. Depuis longtemps. Ma place, désormais, c’est sur le lit, au coin de la pièce, la vision sur les bibliothèques, peu à peu agrandies, mille fois rangées. Je me souviens des amies et des amants. Des conversations le soir, tout au cœur de la nuit. Je me souviens des cris étouffés et le corps secoué d’émotions. Je vois défiler comme un film certaines scènes de moi : le corps qui danse de joie ou bien contraint, au plus profond de lui-même, par le chagrin. Tous ces flux qui me parcourent, et ces millions de musiques. Le présent s’y insinue, puisqu’il s’y vit, maintenant que je « n’habite » plus là. Pourtant, c’est tant de moi(s) qui vibrent ici. J’ai ces vertiges innommables à l’idée de perdre ces souvenirs. Parfois, une angoisse inconnue qui monte, celle que, justement, plus rien ne viennent refaire surface et que les fibres de mon corps me soient tout à fait inconnus.

C’est un murmure silencieux, et chaque objet, et chaque vide, et chaque écho. Regarde ces visages à travers les lignes, les mots étendus dans ma chair, l’odeur de l’amour, les crispations logées dans les interstices. Je rêve beaucoup d’anciennes personnes dans cette chambre. Des visages comme des symboles. Ici et là-bas, comme la matérialisation suspendue, momentanée mais puissante, de ces liens, ces liens révélés par une poussière dorée, qui vient d’un coup, tracer d’une lumière claire. Je voudrais me laisser happer entière, parfois, pour être sûre de me retrouver. Je voudrais tout écrire, et peut-être même tout inventer. Je voudrais pouvoir pousser de mes paumes les murs de cette nuit et y rêver longtemps. Je voudrais être sûre… Je voudrais être sûre… de quelque chose. De quelque chose de moi ?

J’écoute les émotions qui grondent dans le creux de ma poitrine, comme une mer jamais tout à fait calme. Paraît-il qu’il faudrait parfois les laisser déborder de moi, vraiment. Je préfère, pour l’instant, en tapisser les murs. Le papier peint vert les accueille comme toujours, dans sa couleur éclatante. Je me sens constellée dans un lieu qui m’habite autant que je l’habite. Je me sens attachée et liée aux murs en pierre de cette maison, à la résonnance mille fois repeinte des accueils et des histoires.

Ce lieu, je crois, je ne l’ai jamais haï. Ni ma chambre, ni cette maison. Je l’ai même, toujours aimé, aussi loin que je m’en souvienne. C’est qu’elle est née, de nouveau, avec moi ; mon berceau au milieu des travaux, et, plus tard, la petite fille en robe colorée dans les pièces en construction. C’est sûrement cette force-là, maintes fois décrite, d’avoir un chez-soi. La puissance entière des murs en granits, le lien profond des escaliers en bois. Et nous, entre ces murs, qui vont et qui viennent, tapissent et remballent. Nous quatre, puis nous trois, puis nous quatre, et les autres. C’est accueillant, ici, il y a de la place et on aime recevoir.

Je suis située et ancrée dans cet espace cadré de pierre, au bord d’une forêt, d’un espace immense, « à défendre » puis défendu. J’ai parcouru ces étendues ; je me suis aussi beaucoup terré, dans ma chambre, espace dans l’espace, pour mieux y visiter mon être, pour me reposer du monde et pour y écouler ma douleur.

Aussi, j’y ai beaucoup écrit.


Musique [.que] - In Fog 

Dimanche 23 décembre 2018 à 19:40

C’est comme une douleur dans le creux de l’épaule, une vague de tristesse logée dans une montagne avancée. Dans l’extrait d’amour des horizons balancés je cherche dans les mots un mouvement de fuite, dans la cadence ralentie mais régulière du bruit du clavier, une présence rassurance pendant que mon vide grandit et que les expressions d’ailleurs me filent l’entière peur de vivre.

 

Dimanche 9 décembre 2018 à 4:30

La combinaison de mon cœur qui s'ébranle, et des absolus qui ne cessent de m'envahir. C'est beaucoup trop tôt, beaucoup trop tôt. Je jette les horizons d'une dernière flamme. Et dans les instants fermés, je voudrais que tu joues. C'est beaucoup trop fort, comme ce qui me consume. C'est beaucoup trop fort, que dis-je. Il y a cette immensité qui me parle et qui vient noyer ma colère. La colère du monde à soi que les branches attisent. Et puis, c'est un sursaut étendu qui m'embrasserait soudain.

Ce sont des peurs abyssales, c'est ce fleuve qui irrigue ma poitrine. Ce sont des vagues qui viennent frapper les barrières de mes poumons. Tu vois ?

J'entamerai l'élégie des espérances le jour où tu seras définitivement brulé.

Pourtant, il y a dans les jours qui viennent les racines de ce qui me pèse. Celui qui est entré n'entrevoit pas les échos de mes pas sur le plancher entendu, et les portes qui claquent dans bruit dans l'intimité du monde. J'aurais voulu te dire et que tu me répondes. J'ai l'espoir de t'atteindre.

***

Cette musique m’atteint toujours. Elle porte en elle des couches de souvenirs. C’est cette pureté du chagrin, peut-être, qui me fascine autant. Je me revois au bord du gouffre, mes pleurs qui viennent rouler, glisser dans ce précipice. Et j’ai peur. J’ai peur car le courant est si fort ; j’ai l’impression que je pourrais être noyée par mes propres larmes. Dans ce minuscule espace du XVIème arrondissement, j’ai l’impression qu’une digue qui vient de rompre. J’avais seulement voulu sonder ma tristesse, chercher de l’inspiration et les reflets de mon être. La marée était trop haute. J’aurais voulu courir plus vite, encore. Il fallait tout arrêter car je contemplais l’immensité du chagrin et je n’en voyais ni le début, ni la fin, je voyais juste mon corps secoué, les apparences de la mort, au long, la brassée des images et la morsure de la vie. J’ai vu à travers moi le flux qui se déchaîne, j’ai vu cette attirance en moi de me laisser finalement jeter à même le temps, déchirée, disparue.

Cette cadence entendue et les images qu’elles soulèvent viennent se loger dans ce que je crois vrai. C’est le souffle profond de ce qui s’anime. Des lumières élevées de la neige aux suffocations intenses de la tristesse qui me broie.

Mercredi 21 novembre 2018 à 19:14

Entourée par la mort et la peur qui me berce. Dans le chatoiement des couleurs d’automne, le fil intense des horizons inavoués s’enroule autour de mon cou.

Et, dans l’espace tendu des apparences, je me bats, je me bats, contre les miroirs contraires et le regard enlevé. Ce sont des soubresauts lyriques qui viennent se couler dans le rythme lent du jour. C’est une réinvention, un glissement de perspective et puis.

L’aube pressent dans mon corps et c’est une attente qui me presse ; l’intensité se formule par les interstices de mon émotion. Je retrouve les litanies intimes de ses cordes que l’on vient frapper, et l’appel de ce qui viendrait au cœur de l’être.

Tu vois, perdurent toujours l’odeur du chaos et les besoins insatiables de quelque chose qui soit vrai, d’une vue plongeante et embarquée.

Tu vois, c’est cette nécessité de rugir qui ne se tait jamais. Un battement qui se dit, se vit et qui vient éclater l’espace ; quelque chose qui crie des mots que l’on peut seulement sentir au cœur, révélés au hasard merveilleux et effrayant d’une rencontre à soi.

C’est comme si jaillissait soudain l’expression du temps. L’horizon ; l’horizon plongé dans un brouillard blanc, par-dessus la mer. Le retour d’un paysage familier, peut-être. Et cette respiration nouvelle mais retrouvée, qui vient questionner ce qui est, plus seulement ce qui doit-être, et peut-être murmurer, l’étincelle d’un désir.

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