Jeudi 3 janvier 2019 à 15:04

Ce que je sens, dans mon inaction fasse à ces assauts d’angoisse, c’est presque le sentiment d’un attachement. Je ne souhaite pas que l’on me donne des moyens de m’en débarrasser. Ou plutôt, je voudrais que cela soit immédiat. Ce que je rejette, d’une certaine manière, c’est ce processus, de faire face, de l’effort de faire, c’est l’impression d’une montagne et d’une vanité. L’angoisse me prend ici dans d’immenses pattes d’araignées noires, comme ces crochets dans le jeu vidéo. Son emprise qui naît de rien, c’est toujours douloureux et vexatoire de le reconnaître, mais apparaît d’un coup, comme des griffes qui se referment. Sur moi. Et viennent lentement me pénétrer la poitrine et le cœur. Je sens leur point d’ancrage sous mes seins, et sous ma peau, et la douleur qui vrombit doucement et vient appuyer contre ma respiration. Je sens la musique qui coule le long de mes oreilles, de mon cou, vient se lover dans ma tête pour tenter de balancer ailleurs. Je sens mon esprit qui s’y raccroche, comme il se lance à la poursuite du rythme de mes doigts sur le clavier. A l’intérieur de moi, les assauts intérieurs de cette emprise, les ondulations de la musique, le vrombissement de mon esprit qui se démène pour démêler, les jugements qui courent et viennent se heurter aux murs de ma conscience, pour parfois le traverser.

C’est une crise. C’est à la fois terriblement silencieux et bruyant. Une cacophonie qui voudrait se faire entendre au cœur de ma poitrine et la sensation, désabusée, inutile mais persistance que tout cela est vain, sans sens, sans nécessité. Je trouvais fermer cette partie de mon corps comme on fermerait les yeux. Que cela se finisse. Ce n’est pas si grave, ce n’est même pas si douloureux, c’est gênant, et handicapant. De grosses épines que l’on ne voudrait pas avoir à enlever. En serrant les poings, en demandant bien fort, peut-être qu’elles pourraient s’enlever toutes seules ? Il faudrait accepter de se confronter à même la chair, y accrocher les mains, se tourner vers soi et ce qui respire. Je ne veux pas.

C’est une crise et c’est à la fois intense et impalpable. C’est une crise et pourtant, c’est presque rien. Je suis assise sur ma chaise, mon corps fonctionne, mon esprit aussi, ma respiration est légèrement pénible, mais rien qui pourrait faire basculer dans une forme de panique. C’est un caillou dans le pied. Je me souviens, je relativise. J’ai pu me brasser sur l’être des entièretés de roches, j’ai pu me sentir effondrée sous tant de pierres. J’en vois d'ailleurs, autour de moi. Alors, comment, ce caillou ? Comment ces branches qui m’enserrent sans m’étouffer ? Comment ce sentiment d’impuissance se nourrit-il ? Comment suis-je prostrée dans ce temps suspendu ? Je me sens incapable de me confronter vraiment à cette angoisse glissante, je ne le veux pas, je l’ai dit plus haut, je ne sais pas si vraiment je le puis. Et pourtant, incapable aussi de me resituer dans le flux de la vie sans crocs, du travail et du temps normé. Incapable, comme interdite. Le fleuve qui s’écoule au-dehors de moi. Et cela nourrit l'angoisse car je me vois voir ce qui ne peut se faire, la perspective d’un retard. Je vois se déformer, légèrement, ce qui ajouter au trouble, ma vision sur la situation présente. Je me sens moins capable de faire, je vois d’un œil plus dur ce que j’ai déjà produit. Je me souviens du déclencheur, minable.

Le déclencheur, cela a été une conversation téléphonique. Ma cheffe m’appelle, me présente un problème. Je dois contacter Monsieur D, prendre le poul du problème et organiser un appel avec l’équipe technique. Rien de compliqué. Je vois comment faire, je m’exécute. J’appelle Monsieur D. Puis, je trébuche. A la fin, je ne dis pas « ça vous va ? » mais « ça vous dit ? » que je corrige d’un « ça vous va », tout de suite après. Il sourit en me répondant, cela s’entend. D’un coup, l'angoisse qui rugit, articulée au jugement de moi promptement activé, visible. Je raccroche et traite la situation. Extérieurement, tout va bien. Et moi je sens la honte à voir les griffes se refermer ainsi pour une broutille. Oui. Une broutille. Les écrans qui m’assaillent comme le miroir sans tain de mon propre regard.

J’ai rattrapé la barque. J’essaie de respirer par le clavier, comme si j’avais peur, vraiment, de mettre les mains dans mes poumons. J’essaie de faire ce que je sais faire car j’ai peur. J’essaie, peut-être, pas vraiment, je ne sais pas. J’essaie, car je ne sais.

J’ai les mâchoires serrées et la fatigue qui monte. 

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