Lundi 20 mai 2019 à 17:41

Lundi 6 mai
[Je me souviens de chanter à voix basse dans la rue, cela parlait de colère, d’émotions à sortir et, dans un rythme saccadé, d’une impression d’enclavement, je crois].
[Rêve] J'ai rêvé de voyage. Tout est encore flou, les images ne se superposent plus. Il y avait cet internat avec une valise à préparer, je ne retrouvais plus mes affaires. Puis je suis dans la campagne. J'avance toute seule, sur une sorte d'engin à moteur que je commande avec une tablette. Il avance tout seul. Puis je fais un changement et je m'arrête. Je finis par faire fonctionner l'engin manuellement. La route est très vallonnée, on dirait une carte postale. Le ciel est gris. Je sais que je dois me rendre quelque part, peut-être un jeu de piste ou un rendez-vous. J'hésite à changer de direction, j'ai des difficultés à reprogrammer la tablette pour que la machine fonctionne à nouveau toute seule.
Je dois faire ma valise pour partir à Barcelone. Je me réveille à plusieurs reprises. Une fois, je crois qu'il est 11h30 et que j'ai loupé mon avion. Ce n'est pas le cas. Mon sac est près, j'ai un ciré. Ma mère est à côté, je n'ai pas envie qu'elle vérifie mes affaires. Je suis heureuse de partir. Je me réveille en pensant que je ne dois pas aller au travail. 
 
Je voudrais être sûre d'avoir des choses à dire et des idées à envoler. 
 
Mardi 7 mai
Je trouve tout le monde dur, je trouve tout le monde dur. 
 
Alors comme ça il faudrait que je m'arrête, encore. Dessiner sur mon corps ces marques qui viennent imprimer ma poitrine. Décrire une nouvelle fois la vague informe de tristesse, de lassitude, de découragement, de passivité et de colère qui irrigue mon esprit sans le laisser s'ouvrir. 
C'est une pression lancinante qui me prend le cœur qui m'enveloppe entière. Je sens comme un voile qui me pèse, et je voudrais que cela s'arrête. "J'ai envie de crever", la petite musique repart, et ça faisait longtemps. C'est une pesanteur immense qui parcoure mon corps. Chaque geste, chaque pensée me paraît nécessiter un effort immense. Je suis fatiguée rien qu'à envisager quelques chose. Ecrire se fait mot par mot, phrase par phrase, comme on rampe. 
Je cherche une musique qui viendrait prendre l'émotion à bras le corps, pour la désenclaver et la faire naître au monde, la transformer et puiser l'étincelle, qui viendrait libérer mon corps et mon esprit de ces torpeurs douloureuses. Alors je temps l'oreille, et j'écoute, attentive à la note qui viendrait sonner juste à mon être. 
Désenclaver mon corps, désenclaver ma tête, extraire ma douleur, 

Mercredi 8 mai
 
Là encore c'est un flot, toujours couplé à cette pesanteur lancinante. Tout me paraît incroyablement dur. J'ai l'impression de laisser filer ma vie et de plonger dans une eau glacée qui me brûle. Je m’en veux, j'ai honte. Impossible de sortir du lit pendant plusieurs heures. Impossible de me rendormir (pour laisser fuir un peu), alors je culpabilise en disant que je ne suis pas fatiguée. Mon cerveau réfléchit, tourne les choses, voudrait optimiser et ne trouve pas de prise. C'est un découragement profond, je ne sais pas quoi faire de moi. Tout m'ennuie, tout me paraît dur, gris, lourd. Tout me paraît à la fois futile et démesurément compliqué. J'ai l'impression de me recroqueviller de l'intérieur. Je voudrais manger pour me remplir mais je me dégoûte et je sais que ça ne sert à rien. Je voudrais hurler mais je me sens si faible. J'ai les dents serré, l'estomac serré, je me sens contractée et prise d'un poids
 
Jeudi 9 mai 
 
Je lance des mots comme on lance des dés, je lance des mots pour saisir ce que je n'arrive pas à entendre. Je lance des mots comme on cherche l'élan. Toujours les dents serrées, ma poitrine bloquées, des flux contrariés et fous tout le long de mon ventre. C'est un mouvement qui ne se fait pas. Je sens des vagues qui naissent au loin de moi émerger d'un coup, se fracasser contre mes parois trop fines. Et puis,  d'un coup je tangue. Je tangue sans m'arrêter. C'est intérieur, c'est sous-jacent et c'est si fort. La marée qui m'emporte en arrière zone. C'est cet impression d'un équilibre qui se brise, à la fois soudainement et sous une poussée que l'on sent née d'un mouvement oublié. C'est un château de cartes qui s'écroule d'un coup, mais en dehors du cadre. Alors je me retourne, je me demande d'où cela naît, mais le bateau prend déjà l'eau. D'extérieur tout va bien, je contiens, comme un réflexe. Je contiens alors qu'il faudrait sûrement accepter. Face à ces masses qui arrivent, j'ai peur. Mon esprit s'emballe, s'emmêle dans des pensées contradictoires, toujours négatives, se cogne contre les murs. Je lui murmure que ça va aller, puis je perds patience, je lui dis de se calmer, je lui supplie d'arrêter, je cherche des prises autour de moi. Je réfléchis à des distractions, je ferme les yeux, me bouche les oreilles, juste pour avoir un peu de répit. Puis cela revient. Quand je me réveille ce matin, c'est comme quand je suis malade. Lorsque je retourne doucement à la conscience, les symptômes sont-ils toujours là ou bien est-ce parti ? Je me réveille un peu engourdie mais ça a l'air d'aller. Finalement, c'est toujours là, j'aurais peut-être dû rester chez moi. Mais pourtant ça va, pourtant que je suis assise, je souris aux collègues. Je n'arrive juste pas à travailler, aspirée par un centre d'attraction psychique à l'intérieur de moi. Je me sens impuissante, je me sens entravée. Une douleur sourde et diffuse, que je n’arrive pas à saisir, qui se dérobe. Je visualise ce qu'il faudrait faire : appeler la psy, me concentrer sur ma respiration, accueillir plus doucement ces sentiments et ces sensations. Mais je suis là, comme hier dans mon lit, tétanisée, à l'orée des choses. Il faudrait si peu, je me sens si proche de ces actions mais ce millimètre qui me manque est comme un gouffre. J'essaie de rendre compte de l'état de tension dans lequel je me trouve. La panique au bord des lèvres. Je décroche. Lorsque je suis occupée, je sens vrombir ces sentiments dans un arrière-plan, comme des coups sur une porte au loin. Boum, boum. Des échos dans l’horizon à l’intérieur du vide dans ma poitrine. 

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