Mercredi 11 juillet 2018 à 12:13

Les premières gorgées sont marquées d’amertume, et la fraicheur puissance dans l’entrechoc des glaçons. Ce goût-là vient avec son lot d’images. Il y a cette rue de New York. Je suis avec Guillaume, et mon corps est flou, comme encore endormi. Je commande un café glacé, intriguée par ces énormes contenants transparents que l’on voit partout dans la ville. La taille moyenne, s’il vous plait. Le serveur sort quelque chose de tellement grand. Je me souviens de la fraicheur qui coule doucement dans ma gorge puis dans mon corps. Je me souviens de mon réveil progressif, au cours des rues. Je suis accrochée à mon café, dans une douceur hypnotique, comme dans un rêve. Il y a le quartier de Stonewall, et ses petits parcs. Guillaume marche à côté de moi et sa présence me paraît aussi irréelle que magique. Plusieurs fois, dans la suite du voyage, je me commande ce grand café glacé. C’est cette sensation-là, d’amertume, de fraicheur, de liberté et ce soupçon de confort qui naît d’une habitude naissante. New-York est lumineuse et m’accueille de ses grands bras chauds ; New-York qui se laisse parcourir, à grands coups d’enthousiasme. New-York se dessine, dans la présence effacée des glaçons, dans la certitude enfin née que je suis amoureuse.

Et puis c’était un hasard, ou bien un essai fructueux. J’ai commandé à nouveau un café glacé ce matin-là. Et le matin suivant. C’est l’été, et dans la fraicheur timide du jour, Paris est presque vide. Quelques touristes à travers les devantures qui s’ouvrent à peine, l’humidité des pavés que l’on nettoie, et cette sensation étrange de découvrir une ville dérobée et secrète. Cette équation inédite d’un quotidien inconnu tremble dans le vent à peine marqué de la rue de la Rivoli. Là encore, je suis presque en sommeil. Mais le rythme de la routine est ancré en moi. Je marche vers l’hôtel de ville et sa bibliothèque grinçante, en attendant l’ouverture de celle du Centre Pompidou. C’est là que j’ai retrouvé ce goût de café froid. Dans les délibérations internes, à peine futiles, du matin. J’évalue en silence le bruit, les sensations ; j’écoute avec attention, les variations de mon corps et de mon stress. Le café froid se marie si bien avec la saveur sucrée et la chaleur du roulé à la cannelle. Les matinées s’écoulent, dans les claquetis de mon clavier, et l’écriture ramassée de mes notes. J’ai froid parfois ou bien le bruit, de la musique, des autres, me dérange de temps en temps. Dans le Starbucks juste à côté de l’hôtel de ville, il y a des habitués. Au bout de plusieurs jours, certains me saluent, marquant mon intégration dans cette communauté silencieuse. Les glaçons fondent doucement et viennent polir l’amertume du café. Je suis à la fois parfaitement là et profondément ailleurs, tournée vers la fin du mois, et ses échéances, ou bien dans les plis de ma conscience. Parfaitement perdue dans l’instant. Cet instant qui a le goût de café froid et la couleur de mon corps qui s’éveille.

Les premières gorgées sont toujours surprenantes d’amertume, mais cette sensation m’apparaît paradoxalement douce. Elle porte en elle le chemin du goût qui se fond lentement dans l’eau glacée. Et les histoires rassurantes des villes qui s’éveillent, de mon esprit qui s’ouvre et de l’accueil entier des perceptions qui se mêlent. Je retrouve cette impression de mon corps à peine distinct de ma conscience, tous deux portés à la lisière du rêve.

Dans la musique sensible des souvenirs réveillés, il y a cet horizon qui danse dans le rythme alangui d’un espoir qui naît.  

Musique.

 

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