Dimanche 5 novembre 2017 à 0:01

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Je regarde l’enfance

Des déceptions, et des marées,

Je regarde l’enfance,

Des oubliés, des disparus.

Je regarde l’enfance,

De ce ceux qui ne sont jamais nés.

 

Et dans cet espace, qui regarde vers le cœur,

Il y l’épaisseur du temps,

Et des poussières abandonnées,

Les linges bigarrés, et les entrevues suspendues,

Quelque chose d’intimement rangé,

Et de profondément clair.

   

J’aurais chanté ce refrain sans même

Bouger la bouche d’un souffle,

Avec la légèreté des vagues,

Et la mélancolie de l’aube.

 

Et puis, rouler le long des tempes,

Les caresses du jour,

Les informulés,

La chanson tranquille

De l’heure qui avance.

Vendredi 20 octobre 2017 à 4:26


A marcher comme cela, elle en avalerait les passants, dans ses pas rapides, un espace infini où tomber. Elle se faufile pour mieux naître à la nuit qui dort et aux inspirations du soir. Le trottoir est une piste de danse silencieuse, où les couples ne sont pas encore nés, où la musique murmure à peine. L’asphalte est une promesse à chaque pas renouvelée. Pourtant, il lui avait fallu tellement de force pour apparaître au-dehors, tellement de batailles contre soi. Mais elle était là, dans cette rue, protégée par l’immensité de la ville, autour. L’ombre des immeubles défile et se joue des reflets. Dans une euphorie amère, elle voudrait crier encore, pleurer peut-être et chanter un peu.

Tell me what all this is about. In the rumours of ancient pains, the deep feeling of you. Are you the one who could protect me from my-self, and the sound of the broken vase. Everything, anything and the cold of the night. Anyway, I still believe in you, with all my energy and my soul. Anyway, anyway.

Dans un souffle plus profond, j’aurais aimé émerger des vagues et des embruns, dans une nouvelle valse au soleil et à l’espoir, dans un faisceau de lune. Je dis : « puisse la nuit m’envelopper encore ». Je dis et je t’appelle dans le creux de mes yeux secs, à peine ouvert. Je parle à un livre et à un son en murmurant une prose cathartique et presque belle, en faisant rouler ma voix du haut de mes ivresses solitaires. J’attends le réveil du gouffre, ou l’impression de basculer. J’attends que l’espoir soit haut et que je puisse tourner encore.

Et puis les mouvements de tes yeux bruns dans cet instant qui est là, quand la lune récite silencieusement des fragments de poème. Il fait si beau quand le vent souffle à faire trembler l’extérieur.

Tu vois comme les choses sont belles quand on les invente ensemble. Tu vois comme je peux écrire à nouveau. Tu vois comme je peux tracer à la force mon intérieur l’essence de ma bouche en quelques battements. Tu vois ce qui m’échappe à travers les lignes, dans ce bruissement rauque. Tu vois que je voudrais toujours vivre ainsi, dans l’état du corps et la distillation de l’esprit. J’ai la tête qui frappe et j’enfuis les pensées qui s’y glissent. Il suffit de grignoter la douleur, tout autant qu’elle nous grignote, et qu’elle fuse, et qu’elle s’insinue. Comme une étrangeté à soi, un peu plus tangible. Pas plus bizarre que tous les ruisseaux qui me font.

Comme un faisceau qui se meut dans une étrange obscurité douce, je m’invente un fil, silence. Je déroule les attentions qui nous viennent et les pelures d’aurores comme autant de pétales. Je roule sur une route à tracer les partitions de notre aisance, et de tout ce que nous ne savons pas. Il faudrait faire vibrer encore les paumes de tes mains et la carence sincère des souvenirs en dentelles.

 

*

 

Elle était dans un café clos, dans l’arrondissement numéro 18, à regarder ailleurs pour ne pas voir ce couple étrange. La différence d’âge et l’avidité sensuelle de cet homme trop empressé qui s'entrechoque avec la lenteur candide de la jeune femme qui détache chacun de ses mots. L’alcool, plus tard, lui brule la gorge, et c’est réconfortant, de se rappeler à son corps, parfois. Les mots marquent l’arrêt, parfois; mais la soirée apporte son flux. Et elle parle avec un détachement de circonstance alors que ce sont des pans de fatigue qui se pressent, qui charrient une anxiété sourde et des jalons de bonheur, ou du moins d’espoir. Elle pourrait faire le jeu, mais elle tente la ligne, l’extrémité du terrain, pour voir comment rebondissent les non-dits et les pensées mal formulées, les instances de suspens et les bouteilles à la mer.

J’aurais aimé combler une nouvelle fois le tableau des représentations. Je me retrouve à lutter avec une fatigue. J’ai le corps las, de plus en plus lourd, et mon seul muscle demande du repos. Mais j’attrape chaque syllabe, alors que les assauts du sommeil se font plus lourd. J’aurais aimé combler à l’infini des pages sincères des bribes abattues et des fractures sensibles. Je voudrais continuer de porter à l’automatisme des sensations oubliées, lorsque la phrase est à l’horizon, au fond, au seuil de l’océan.

J’aurais aimé voir le jour poindre, et croître, dans le mystère de l’aube.

 *

J’ai mes propres refrains, comme des litanies

*

Musique
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Jeudi 12 octobre 2017 à 2:49

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Il y a ce sentiment que mon esprit n’arrive pas à attraper. J’aime quand la fatigue frappe doucement, seulement doucement à l’orée de ma tête. J’aime que la musique se glisse dans les figures et coule, coule, coule. J’ai l’esprit fatigué qui ne cesse de bourdonner, de fuir et de se réveiller toujours. Je ne sais quoi faire de cette douleur qui me picote l’échine, et retrouver l’errance. Alors, le refuge de la nuit, pour se murmurer une quiétude absolue.

Je n’ai pas pleuré car je ne vais y voir que forcée, comme toujours. Je me relève et j’encaisse avec l’impression dramatique que tout cela n’est sans fin. Je suis partagée. Partagée entre l’impression que cette hébétude est de trop, trop longue et ridicule et le sentiment qu’il serait légitime, quand même, de prendre le temps, qu’il est normal de se sentir sonnée et peut-être même, triste.

Il faudrait avoir le courage de remonter le cours de mes pensées et de jeter tant de déchets à la mer. Ou peut-être, encore, continuer un peu ce chemin-là. Encore un peu.

Ca a été dur, quand même.

Et j’aimerais m’adresser,

Pour faire éclore les voix qui me rongent, me hurlent et me sourient.

Faudrait-il écrire pour tout poser, et parfois même entendre ?

Noter les sentiments disparates, et dessiner une nouvelle fois avec des mots. Prendre le temps de l’esquisse. Prendre le temps, un jour. Je n’arrive plus à me couler dans autre chose que ces objectifs colossaux, peut-être. Il est quelque chose qui me définit et que je tiens à bout de bras, comme beaucoup de choses. Partagée (encore) entre la volonté de mieux faire et celle d’envoyer valser ces injonctions à la performance qui vient ronger chaque parcelle de notre vie.

J’aime quand même ces bribes que je tisse. Un peu à la vas-vite, soutenue et dans le corps de la nuit.



Musique

Vendredi 6 octobre 2017 à 12:47

Rien ne s’était passé comme prévu. Il m’appelle et il me dit « je crois que la liste est là ». De l’autre côté de la pièce, elle regarde une vidéo et moi j’ai mon monde qui s’effondre « je ne suis pas dessus ? ». Je garde une contenance en me saisissant de mon ordinateur, quelque chose qui résonne à tout rompre en moi. Et puis, l’espoir que si, j’y suis, et que c’est pour me laisser la surprise. La liste défile devant moi. Je n’y suis pas, je n’y suis pas, je n’y suis pas.

J’avais l’espoir, mais je n’y suis pas. La partition ne s’est pas jouée comme tous ces films, là, où le chemin mené d’embuches, de fatigues, d’efforts (résumé parfois en quelques plans) mène à cette scène où, oui, l’héroïne est sur la liste. Je n’y suis pas. Je suis triste car je n’y suis pas. J’ai passé pas mal de concours dans ma vie, avec ce luxe que ceux que je n’ai pas eu ne m’intéressaient pas. Celui-ci, j’y allais pragmatiquement et je le voulais. Je ne passe pas la première étape.

C’est amer mais là, au lendemain, je me sens juste fatiguée. J’aurais aimé que cela soit plus simple. Je suis un peu perdue dans ma journée, dans ma semaine, avec tout ça qui tombe plus tôt, et puis la fin du chemin, un peu brutale. Je me dis simplement que je n’ai pas été à la hauteur ou, tout du moins, qu’on a été meilleur que moi. Je sais qu’il va fallait recommencer à « chercher », quoi faire, prendre de nouvelles décisions. Des angoisses à venir. J’aimerais que tout se passe très vite, comme quand je me mets à ranger, presque avec fureur. Mais j’aurai besoin de temps, pour réaliser, réfléchir un peu. Mais l’argent va jouer la montre, au moins virtuellement. Des années que j’ai désormais une visibilité sur ma vie à quelques mois, et ce n’est pas fini, du coup. Pourtant, des années que j’aimerais « me poser », dans quelque chose de tranquille, pas trop injuste et puis voilà, me lover dans une routine un peu stable, avec un peu d’argent et mon copain, et mes amies. Je ne prétends pas avoir des désirs forts et hauts. J’aimerais me reposer longtemps, je crois. Je voudrais que tout ça passe très vite, oui. Qu’on arrache un nouveau membre, si besoin. Qu’on cautérise au feu, et ça peut accélérer les choses. Mais la perspective, c’est plutôt, une énième période de transition, d’attente et de flous, et puis des questions, des culpabilités (l’argent, l’argent), un peu de découragement (mais ça je sais faire). Je sais que je vais, comme on me le dit, « rebondir », je sais juste que cela ne va pas être agréable et j’aurais aimé ne pas avoir à vivre cela. Je ne m’inquiète pas, au fond, j’appréhende juste d’ouvrir la période qui s’annonce, de gérer les projections, les envies, la fatigue, la santé mentale, le « j’en-peux-plus-je-veux-juste-que-ça-se-finisse ». Et puis, l’amour que je reçois autour de moi, dans ces diverses formes, rejeter au creux de moi ces petites voix criardes qui disent que je ne mérite rien (parfois, quand c’est trop fort, je n’écoute plus la personne devant moi, ou son message. Les mots se détachent lentement et deviennent glacés : « on ne parle pas de moi, on se trompe »). Tellement de temps perdu, mais je retrouverai tout ça plus tard, j’imagine. Et j’entends ces choses quand même, je le crois.

Je ne sais pas si je résisterai, ou si c’est même important, à faire l’inventaire de mes regrets. Disons, faut-il mieux le faire consciemment que de laisser les couleuvres siphonner des choses en contre-bas. Dire « je pense que j’aurais pu et du plus travailler », au-delà de tout concept de vérité ou de justesse. Dire, et écrire. Envoyer des bouteilles à la mer de mon propre esprit, et des gens que j’aime. Pouvoir aller dans les bras de Guillaume et lui demander : « je ne t’ai pas déçu ? ». Ce matin, enfin hier soir, j’ai envoyé « tu as honte de moi ? ». Il m’a dit « Tu vas très loin là… (autre message ensuite) : évidemment non ». J’aimerais aller à la mer et lire lentement un poème, pour qu’il s’égraine le long des vagues et que cela me fasse du bien, que cela me soigne. J’aimerais partir loin et ressentir l’adrénaline de l’avion, de l’aventure facile. Il faudra peut-être que je pleure beaucoup – je me retiens là. C’est la musique, mais je vais avoir envie de pleurer pour tout, peut-être, ou bien je vais me retenir fort.

Je laisse mon esprit s’approprier les choses, avec les mots, avec les concepts (c’est comme ça que je vis, moi), avec les images parfois quand je ne sais pas. Est-ce que c’est retrouver une forme de contrôle ? Une manière de faire naviguer ma tristesse et ma déception dans des eaux connues. Tumultueuses mais connues, dans le creux du lit d’un fleur immense qui me traverse toujours. Penser à respirer, aussi.

Jeudi 7 septembre 2017 à 22:20


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Je voudrais me souvenir de cet été là, passé dans des salles bordées de livres et de rangées de table. Chaque bibliothèque est comme une personne, son profil et ses habitants murmurent quelque chose de sa personnalité. La vieille bibliothèque où résonnent les craquements du parquet, comme un bastion secret, caché dans un bâtiment moderne et trop protégé. La grande bibliothèque, immense et moderne, tellement plus accueillante et bigarrée. Les heures avalées dans un soupir de concentration.  J’ai pris goût à ce rythme de la ville. A l’écart de mes quartiers, éloignée toute la journée de mon appartement, je me construis mon monde entre deux rangées de chaises. Il y a Eva, les carrés de chocolats, les heures passées à se réciter des chiffres et des arrêts, peu à peu soulagée de voir, qu'enfin, j'arrive à m'astreindre à ce genre d'apprentissage un peu mécanique. Au dehors, la lumière et le ciel changent doucement au fil du jour. Parfois, l’orage couvre l’horizon d’une lueur irréelle. Aux antipodes des représentations de l’été, nous travaillons là tous les jours. Ce décalage rend le tout agréable, presque irréel. Ca, et la pression qui monte. Je sens gonfler en moi les respirations de l’adrénaline, je sens ma mémoire qui rugit et mon cerveau qui presse, presse, presse. J’apprends à noyer mon doute dans l’urgence qui s’incarne peu à peu. J’apprends à me faire taire et je me fonds dans une routine intense.

La dernière grande salle n’est pas tout à fait inconnue, mais j’y rentre presque excitée. Les après-midis disparaissent quand les copies se retournent, les heures semblent s’envoler chaque coup d’œil à l’horloge rouge. Les doutes resurgissent je les pousse au rebord, encore, encore, encore. Les journées sont encore plus distordues, encore plus remplies et défilent. J’ai presque l’impression d’une lutte, parfois joyeuse. C’est étrange.

C’était il y a deux semaines et j’ai l’impression d’un autre monde. Je dois retrouver ma tonalité, mon rythme pour le second round. Je pense que je suis fatiguée. La semaine dernière, je me sentais encore portée par cette énergie, là j’ai envie de dormir, j’ai des rêves plus agités et j’ai plus de mal à fixer mon esprit. Je me murmure que tout ira bien, que c’est normal et que je vais pouvoir me lancer encore, à tête perdue, dans des sujets que je ne connais pas encore.

Musique
 

Dimanche 9 juillet 2017 à 16:44


J'ai envie que tu m'embrasses. A l'autre bout de la pièce, oui. Il me manque le goût de cette humidité là, dans sa noirceur et sa nudité. Tu me paraît loin, à quelques mètres de moi, si loin que je pourrais partir dans ces valses tristes. Je vois mon esprit dévaler les escaliers, et mon corps qui lui répond. Tu es assis là, je te trouve beau, mais je ne peux pas te regarder vraiment. Comme si j'avais peur d'imploser, puisqu'il y a quelque chose qui gronde de plus en plus fort en moi. J'ai envie que tu m'embrasses comme on boit du vin rouge: et l'ivresse, et le ridicule du tanin au fond du verre. L'appartement est sombre et je voudrais qu'il me dise la nuit infinie, comme toujours. Je voudrais la protection de la nuit et l'absence du temps. Je voudrais que tu viennes, toi, et que tu m'embrasses.

Musique

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Dimanche 2 juillet 2017 à 10:36

Donne-moi la force, donne-moi l’étincelle. Résonne, toi aussi ! J’ai beau crier, il n’y dans cet espace boursouflé que le son du papier qui se froisse. J’aurais voulu me frapper la poitrine, pour y extraire de l’énergie, encore de l’énergie et une forme de certitude. Au bord d’une fenêtre immense, ce sont des milliers de page que je dois écrire et qui partent en fumée. Dans le soubresaut d’un vertige, je me mets à trembler, et les larmes dévalent sous mes yeux, comme sous le coup d’une faute.



Mercredi 24 mai 2017 à 12:13

J’aime l’impression que me font ses bulles qui explosent dans ma bouche. Mes oreilles bouchées, je les entends raisonner, leur crépitement furieux et confus. Je distingue cette sensation que je garde plutôt furtive, à l’instant minime où la gorgée se déroule dans ma gorge. Là, le liquide en flottement, explose, explose en mille nuances imperceptibles.

Je rafraichis les pages d’un navigateur internet à intervalles réguliers, comme si j’y attendais une réponse. Plus qu’un divertissement ou un oubli passager, j’attends quelque chose. J’accumule une mini frustration à chaque nouveau message, en voyant apparaître autre chose que ce que je cherche, sans avoir pourtant d’idée sur la nature de ce que j’attends. Peut-être est-ce le souvenir de quelque chose que je dois faire et dont persiste la vague impression d'un oubli, peut-être le miracle d’une résolution, peut-être une inspiration apaisante, peut-être une forme d’amour, peut-être le moyen plus durable d’une fuite.

Mardi 18 avril 2017 à 15:09

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Dans un élan maladroit, à mi-chemin entre une nostalgie grisonnante et une passion romantique, je vais commander un café dans cet endroit vert et blanc. Installée sur la grande table, comme avant. Je me raccroche aux branches des petites tâches, pour masquer l’angoisse qui monte, qui monte. Pourtant, il y a quelque chose au fond de moi qui me murmure que j’aime ces situations-là. Mes paupières grésillent sous la fatigue et la peur lancinante. Un douloureux appel à l’intense et le goût de ce rythme effréné. Il n’y a pas si peu d’entre-deux entre mes tentatives d’abolir le temps et celle d’embrasser l’impression pressante de son accélération. L’urgence, l’urgence, pour repeindre l’intime et ses nuances. J’écoute un refrain doux et naïf, un peu au hasard. Il y a cette esthétique d’un gouffre que l’on sent se dessiner et l’adrénaline qui parcoure mon corps.

Sur cette grande table en bois, j’aime être entourée de ces inconnues. Les grandes lampes qui descendent mangent la lumière naturelle et donne l’impression qu’il fait déjà presque nuit. J’ai toujours envie de m’en aller. Et chaque minute de plus me paraît une victoire, immédiatement rattrapée par une forme rance de culpabilité. Je voudrais courir. Me baigner ailleurs. Sauter dans un avion, vraiment. Acculée sur cette table rectangulaire, qui se distingue pourtant par sa hauteur parfaitement ergonomique. J’y suis souvent venue pour faire rempart à l’abandon. Et cette rengaine qui m’invite à croire et à y aller, à me plonger dans l’inconnu. Toujours naïve, toujours naïve, mais esthétiquement séduisante, il faut le reconnaître. Pleine d’images de galaxies et d’étoiles, c’est parlant. Elle m’enjoint à me mettre mes peurs au loin, peut-être même à m’en débarrasser. Qui-sait ?

Je m’imaginais à New York, commander un café et du pain complet, comme Patti Smith, et retrouver la sensation grisante d’être perdue dans une ville immense qui se déroule à l’infini, comme autant de possibles. Le centre de Paris est pavé d’endroits connus et trop foulés, peut-être. Réservoir à souvenirs impromptus et chargé d’errances. J’oublie souvent de regarder la lumière à travers la fenêtre. J’ai souvent oublié le printemps. Jevoudrais ortir, en fait. Sentir l’air sur mon visage et les murmures de la rue.

Dimanche 16 avril 2017 à 23:05

Comme un refrain et comme un rêve, tu me regardes autant. Dans une hasardeuse aventure, l'eau coule le long de mon bras nu. J'aurais la langue déliée à ton corps, que je serais toujours là. Un souffle, parfois, pour me réveiller à ces hallucinations. Ta voix résonne au fond de moi comme une respiration indolore. J'ondule mes mains comme autant de vagues, à la surface de ton espace. Dans une nébuleuse sonore, il y a cet éclat qui se reflète intensément. Le rythme doux de ces poussées répétées et cet enchainement charmant. Mes sens et mon esprit répondent dans une ivresse joyeuse. Je voudrais sentir, sentir l'air le long de nos peaux.

Jeudi 6 avril 2017 à 22:27

Je regarde la fièvre me prendre dans ses bras, ma bouche s’ensevelir un peu et je pars, je pars. J'aurais envie de filer, au loin de mon corps et de tout le reste.

Mercredi 29 mars 2017 à 15:31


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Je réécrirais ce que j'ai dit, finalement. Tu fatigues tout le monde. Tu me fatigues et j'en ai marre. De ces monologues que tu m'imposes, sans écho. Peut-être que c'est ce que tu attends, un "ta gueule", lancé à travers le vide. Réveillés au matin par ce portable que j'avais oublié d'éteindre. Et tous ces liens qui m'étreignent. Lâche mon sommeil, s'il te plait. Je manque sûrement un peu de courage. Une forme de tristesse et une curiosité malsaine. Toutes ces fois où il faut t'éloigner encore. Je suis si fragile pour ces choses là. Il faudrait lui dire: "Si tu m'appelles, fais le sincèrement, franchement, et assume."
 
Mais il y a Guillaume, il est là. Dans le corps à corps et l'appel de l'ailleurs. Merci merci merci. Comme une funambule, j'avais les yeux bandés et j'ai rêvé longtemps, à l'intérieur de ta peau. Je te retrouve dans les draps, dans cet appartement là. Je suis emmurée, dans des semaines comme ça. Entourée par ces barres grises, loin du soleil. Mais tu es là, le soir, alors je vais bien, et j'attends que la pression, d'un coup, fasse son oeuvre, pour tout le reste. Je vais tellement mieux depuis que tu es là. Sur le sommeil, sur l'espoir et sur l'envie. J'irai jouer avec nous, t'emmener plus loin, car c'est là où je te perce et que tu me veux. Car je suis celle qui joue, aussi. Je suis cette folie que tu couves et la fragilité lumineuse, que nous portons au plus profond de nous. Tu es l'espoir et je suis l'amour.

Jeudi 23 mars 2017 à 23:45

Si tout cela avait été un film, si nous nous étions moins abîmés, je serais sûrement allée te voir, là-bas, sans rien te dire. Parmi les rangées, mon coeur qui soudain s'emballe. Dans cet environnement presque connu, dans ce quartier si chargé de nous, je serais venue. Il y aurait eu l'assaut des souvenirs, la curiosité et l'angoisse. Peut-être, nous nous serions retrouvés, même un peu. Peut-être, tu m'aurais seulement aperçue. Peut-être,  un entre-deux avec des connaissances communes dont je ne sais plus rien. Si tout cela avait été un film, les années n'auraient rien signifiés et cela aurait été l'occasion d'un retournement final. Nos vies auraient été vides avant. Il y aurait eu nos regards enchaînés, et peut-être tout de suite après, le défilement du générique. 

Pourtant, tout est rance, au mieux, lointain. Et si abstrait. J'ai les souvenirs réécrits et parfois seulement, au gré d'une odeur, je me souviens de toi. Fatiguée, fatiguée, fatiguée, par les débris de notre histoire qui m'ont si longtemps pesés. Des blessures et une intensité vague. Dans mes rêves, tu apparais souvent, mais cela fait longtemps que ce n'est plus toi. C'est un symbole qui pourrait te ressembler, mais qui t'est étranger, au fond. Sur cette mer immense, je commence à comprendre que l'on se recroisera sûrement jamais. J'entends parfois un de tes appels lointains, dans le creux de l'aube. Mais, le sais-tu, toi aussi, que je n'existe plus ? Le sais-tu, ou bien me cherches-tu encore, parfois, dans un éclair de nuit, ou d'ivresse ? Tu parles à un miroir lumineux. Tu me parles en absence, et tu disparais aussitôt.





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Jeudi 16 mars 2017 à 12:00

Je lui dis : « Tu le sais, non ? Que j’ai été très amoureuse de toi…». Je détourne rapidement mon regard. Il ne répond pas tout de suite, il réfléchit en silence, tournant dans sa tête les idées et les mots, comme quand il écrit à la main ses emails avant de les recopier, soigneusement. Je n’aime pas toujours ses silences. Mon esprit creuse à même l’ego et flotte dans l'air l’odeur de la panique. Mais je le comprends mieux, maintenant. Comme on surveille un feu qui pourrait s’éteindre à chaque instant, j’ai appris à anticiper nos peurs, dans ces moments là. Une succession d’espaces courts, sur un fil, et d’envolées à saisir, au bord d’un vide qui ne serait qu’une forme d’ennui, ces conversations banales où je déroule l’avancement de ma vie.

Je m’applique à tourner ma langue dans ma bouche, et j’attends. J’ajoute quand même « Enfin… c’était il y a longtemps, maintenant. ». Je souris un peu nerveusement. J’ai souvent pensé à ce moment-là. J’ai souvent pensé à cette manière de le dire, faussement détaché. Je regarde mes mains, comme pour les ralentir, les empêcher de me traduire. Je résiste à l’envie de provoquer un brusque changement de sujet, qu’il accepterait. Je suis curieuse, bien sûr.

Je l’entends chercher ses mots, s’excuser peut-être, et je l’attends. « Ce n’était pas vraiment de moi », dit-il. « Ce n’est jamais vraiment de l’autre, dont il s’agit » je réponds, très vite, trop vite. Je savais qu’il allait dire cela. La déception me mord quand même l’échine, brusquement. Je soupire. J’ai envie de partir, d’un coup. Ses yeux tournés vers moi, il sourit. Moi, j’ai toujours aimé qu’il me regarde comme ça. C’est sincère, comme une gourmandise. J’ai, à mon tour, des milliers de mots à l’assaut de mes lèvres, et je ne sais pas. Ils résonnent dans mon esprit comme autant de tons, de couleurs, de personnages. Devrais-je me déguiser ? Serait-ce alors un déguisement ? Je lui souris. Lui, je crois qu’il chérit les silences. Dans le calme qui s’apprivoise, l’ivresse des pensées, des sentiments lointains, du bonheur d’être ici et du temps parcouru. Il dit: « Tu sais à quel point je t’admire ».

J’aurais beau avoir repeint toujours les élégances de mes souvenirs, j’ai en toi quelque chose que j’aime. Le miroir est si lointain, et ces espaces immenses, que je ne sens plus grand chose au bout des doigts de ma mémoire. Des mots parfois relus et nos silences renouvelés. Le battement de mon cœur et la continuité du lien, comme ce voyage que l’on construit à même nos peaux.

Je souris, et je saisis mon verre, j’aurais envie d’être ivre, comme pour avoir les moyens de me confronter à cette curiosité-là. Je rougis comme une adolescente (oui, exactement comme avant) et un sourire. Cette chaleur au creux de moi, et puis les mots qui se pressent, les pensées éparpillées, en feu d’artifice. Je ris un peu, « je sais ». Je sais ce regard, je sais. Ses yeux sont fixés en moi comme pour me dire qu’il ne sait pas dire, qu’il faudrait écrire mais qu’il ne le veut pas.

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Lundi 6 février 2017 à 21:19

Une hésitation. Son regard se perdait dans les mouvements maladroits de ses doigts.
J'ai rêvé que tu revenais me dire qu'il fallait recommencer.
Je me souviens de ce mélange de rage et de pitié, et du grand colosse de pierre dans ces paysages fantasmagoriques.
Il y avait un paquebot fantasmé, le désert de mer et cette immense statue, au loin. Ton visage si abstrait et cette naïveté blessante. Toujours, cette impression de pouvoir.


***

Les battements de mon coeur se font parfois plus courts, quand dévalent soudain les souvenirs.

***

Dans l'apaisement d'une matinée qui se réveille, les vagues de la langueur viennent se glisser au creux de moi.



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